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Participation, coopération, communautés (18e rencontre du TMNLab)

TMNLab : participation communautés, coopération

Le numérique redistribue les cartes. Et bien au delà des solutions techniques qu’il peut proposer. S’intéresser à la transformation digitale, c’est considérer les impacts humains et organisationnels que celui-ci peut avoir sur une organisation. 
Le domaine culturel n’échappe pas à ces questionnements. Imaginer la transformation de son lieu culturel conduit à aborder les questions d’hybridation des lieux, d’horizontalité…

Ainsi lors de cette nouvelle rencontre du TMNLab, il était question de faire ensemble, de coopération, de mobilisation d’une communauté.

La table ronde rassemblait quatre intervenants :
– Samuel Bausson, responsable des projets participatifs Champs Libre à Rennes / cofondateur de Museomix
– Marie Granger, consultante en transformation des organisations, associé du cabinet Epigo
– Jean Pierre Seyvos compositeur, consultant et formateur, directeur de la compagnie S-composition
– Isabelle Lourcel, directrice des affaires culturelles de la ville d’Orly / créatrice d’un conseil de la culture où les orlysiens sont invités à faire des propositions quant à la programmation culturelle*.

« Créer une confiance réciproque suppose de savoir où se situent les personnes. »

On parle souvent de faire ensemble, de mettre en place plus d’horizontalité. Mais cela se décrète-t-il ? Y-a-t-il des paliers pour faire ensemble ?

Marie Granger rappelle que la coopération est aujourd’hui un sujet absolument fondamental pour la résilience de nos sociétés (et notamment lorsque l’on aborde la collapsologie) Apprendre à faire ensemble c’est partager un langage commun. Il faut donc construire des « allant de soit ». A savoir des évidences communes pour pouvoir faire ensemble.

Pour Samuel Bausson, il existe des paliers dans la distribution du pouvoir :
– la participation : par exemple une exposition où la muséographie va inciter les visiteur à être en interaction avec le sujet exposé.
– la contribution : il s’agit de construire autour d’un intérêt commun
– la coopération : on réfléchit à distribuer le fonctionnement

S’il l’on veut créer une confiance réciproque, il faut savoir à quel niveau les personnes se situent et en tenir compte. C’est le principe de Muséomix : Des personnes ont participé, contribué … D’autres sont venus en spectateurs. Puis ces derniers ont eu envie de constituer leurs propres communautés, de faire par eux même… Une coopération réussie désintègre les logiques de consommation : elle transforme le collectif mais aussi les gens, les pousse à agir…

Ecouter pour coopérer

Sur le papier cela semble simple, voire limpide. Mais peut être que poser la première brique est le difficile… Comment permettre aux chose de se mettre en place et que mettre en commun ? Comment fait-on en sorte pour que ça marche bien ? Isabelle Ourcel témoigne de son expérience au Conseil des cultures d’Orly : « il s’agit trouver le bon moyen de faire participer les gens sans qu’il se sentent obligés. Le fait d’avoir un lieu d’échange sans obligation, sans règlement fait que les habitants ont voulu coopérer.
Pour Jean Pierre Seyvos cela suppose de construire « une confiance réciproque. Qu’elle soit réelle et tangible pour chacun ». Cela peut paraître banale mais les intervenants insistent sur le fait de construire de l’écoute. C’est ce qui permet de développer la liberté, un espace où il est aisé d’exprimer ce que l’on ressent…

Coopérer, interagir avec une communauté c’est aussi revoir sa manière d’aborder le rapport au territoire, aux habitants… Mais aussi à ses propres logiques de travail.
Le rapport au temps, évidemment : coopérer demande plus de temps. Mais surtout la posture du professionnel de la culture habitué à une posture de « sachant » et qui doit se décentrer au risque de se « déspécialiser ». Comme le raconte Isabelle Lourcel : « Il y a de grands à priori sur ce qu’est un programmateur. Sur celui qui a la main complète sur la programmation. Celle que l’on croit idéale pour une ville ou un lieu. Cela bouscule de ne plus avoir totalement la main sur la programmation. Certains collègues considèrent cela comme une hérésie. »

TMNLab : participation communautés, coopération
TMNLab : participation communautés, coopération

« Le mot programmation est déjà anticoopératif »

Pour Samuel Bausson, « le mot programmation est déjà anticoopératif ». S’il l’on veut réfléchir à créer le lien, à comment les personnes s’approprient un lieu culturel, il s’agit d’aller au delà d’un lieu avec une logique programmatique, descendante…
S’il on veut mettre en commun, « on ne va pas programmer mais programmer la capacité à programmer par soi même (..)
Il s’agit de passer d’une logique de vitrine à une logique de plateforme, d’une logique de surplomb à une logique de support ».
Ce qui suppose de voir différemment ses publics : « les gens sont capables, les intelligences sont collectives : cela permet d’enrichir le lieu ». Il suffit de regarder le vocabulaire que l’on utilise pour qualifier les publics : non publics ou publics éloignés… D’ailleurs comme le dit Samuel Bausson : « Qui est éloigné de qui ? » Il est donc important de reconsidérer son rôle, de se décentrer…

Certes, mais la coopération, la mise en place d’une communauté ne nécessite pas d’établir certaines règles du jeu, un cadre ?
Pour Marie Granger : la question des règles du jeu est absolument centrale. « On fonctionne tous sur des automatismes. On a pas tous la même idée de ce que c’est de bien se comporter avec autrui / du respect de celui-ci… » Il est important de faire le tour des enjeux de chacun mais quand on arrive à coopérer : l’interêt particulier est dissout dans l’intérêt collectif.
Elle propose quelque règles de base :
– être présent, écouter activement (et s’autoriser à demander),
– dire (ne pas dire « oui mais » à la sortie),
– s’autoriser d’avoir un à priori positif sur une personne (même on a des ,
– avoir le droit de changer d’avis.

Pour Jean-Pierre Seyvos, les modalités d’échanges de travail doivent faire en sorte que « toutes les personnes trouvent leur rôles ». Dans le cas contraire les conséquences peuvent être néfastes sur le projet.

« L’intelligence n’est pas seulement dans l’organisation mais aussi en dehors »

Peut-on évaluer un projet coopératif ?  Pour Isabelle Lourcel, l’évaluation se fait au sortir de la salle : satisfaction des. spectateurs, recettes, billetterie… « Force est de constater que quantitativement et qualitativement, cela fonctionne. Lorsqu’un spectacle ne remplit pas ce sont les habitants qui ont contribué à programmer le spectacle qui se mobilisent pour aller le défendre auprès de leurs voisins, sur leur réseaux sociaux… ».

Mais qu’est ce que gagnent, par exemple, les Champs libres à organiser les ateliers 4C** ? Samuel Bausson a une réponse toute trouvée : « on y gagne un alignement avec les valeurs que l’on estime porter » (un lieu vivant, NDR) « l’intelligence n’est pas seulement dans l’organisation mais aussi en dehors ».

Une belle manière d’illustrer la maxime : « dis-moi et j’oublie, montre-moi et j’oublie, parle-moi et je serai convaincu »

*http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/orly-94310/orly-innove-avec-la-creation-d-un-conseil-de-la-culture-citoyen-31-05-2016-5845705.php
** https://www.leschampslibres.fr/agenda/les-rendez-vous-4c/

Comments (2)

  1. […] Participation, coopération, communautés (18e rencontre du TMNLab) […]

  2. […] pas en mesure de vous fournir l’enregistrement de la rencontre. En revanche, nous partageons le compte-rendu rédigé par l’un des participants, Cyril Leclerc, que nous […]

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