Stratégie

Des pistes pour une nouvelle stratégie ? 2/5 : l’environnement : une évidence ?

Ce qui ébranle le monde actuellement résulte d’une crise dont l’impact est encore à venir. C’est la pression humaine sur les écosystèmes qui fait que des espèces sauvages (et leur pathogènes) se retrouvent en contact avec les humains, que la biodiversité ne joue plus son rôle de “tampon” … 
Cette crise est bien malheureusement, que la face immergée de l’iceberg. Comme le dit le sociologue et philosophe Bruno Latour :

« En décembre, on allait vers une autre catastrophe qui est la mutation écologique. Malgré la situation tragique que nous vivons, elle est moins tragique pour les gens qui s’intéressent à la mutation écologique”.

Si les conséquences de la crise actuelle sont dramatiques humainement ou économiquement, celles liées au réchauffement climatique pourraient l’être encore plus : accroissement des inégalités, problèmes d’alimentation (les rendements agricoles baisseraient de 25 %). En 2006, l’économiste Nicholas Stern annonçait dans un rapport un risque de baisse du PIB à 20 % si des actions fortes n’étaient pas menées. Autant de constats qui font penser que le retour à la normale risque fort de ressembler à un retour à l’anormal…

La profusion de contenus en ligne proposés dans les dernières semaines – et les moyens utilisés pour les créer – nécessite également de s’interroger sur l’impact écologique du numérique. L’ADEME dans son guide, “la face cachée du numérique”  rappelle que le numérique est responsable de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ou que la fabrication d’un ordinateur de 2 kg mobilise 800 kg (!) de matières premières.

Que peut le monde culturel face à ce tableau peu réjouissant voire angoissant ? Peut-être tout d’abord devenir un acteur de la sobriété. Aujourd’hui l’empreinte écologique du monde culturel reste importante : coût carbone des expositions (avec des oeuvres qui viennent parfois des 4 coins du monde) ou des tournées d’artistes, empreinte écologique des festivals (gestion des déchets, transports, camping, eau et toilettes, alimentation ou merchandising…), lieux culturels (musées ou théâtres) bien souvent énergivores.
Les initiatives se multiplient dans cette optique et l’heure est à la prise de conscience. Citons par exemple : le mouvement Drastic on plastic , l’appel Music declares emergency  le collectif COFEES en région PACA, les interrogations de l’ICOM sur le rôle du musée du 21e siècle ou la démarche Green Europe Experience lancé par un collectif d’ONG et de festivals européens.

Une démarche écologique qui doit être pensée globalement afin d’éviter l’écueil du simple verdissement de son activité.
Une enquête réalisée entre le 10 et le 15 avril 2020 auprès de 1 115 internautes français âgés de 18 ou plus par Forrester, met en exergue que la défiance devrait augmenter envers toute démarche d’engagement sociétal qui ne serait pas perçue comme authentique.

L’une des forces des acteurs culturels est leur capacité à produire des récits, à proposer une vision nouvelle ou désirable du monde. Or face aux risques écologiques, il semble important de proposer des récits différents de ceux proposés actuellement : la croissance infini dans un monde fini ou le repli sur soi. Arthur Keller, spécialiste de la question, propose le raisonnement suivant :

“Il faudrait un mouvement coordonné d’artistes qui intègrent un certain nombre d’éléments clés aux récits : la descente énergétique et matérielle, l’organisation territoriale d’une résilience digne, les errements techno-solutionnistes, etc.”

Ainsi, une des questions qui se pose à l’ensemble du monde culturel est sans doute : comment créer, diffuser des spectacles ou encore exposer (OCIM) à l’heure de l’anthropocène*. Et peut être de revisiter l’idée de nature souvent d’ailleurs opposée à celle… de culture ?
Les artistes et des acteurs du secteur culturel ont en commun leur capacité à imaginer. Plasticiens, designer, musiciens, auteurs, tous peuvent travailler à designer un nouvel avenir…   Mais est-ce que l’heure est encore à l’innovation, la nouveauté ? N’est-t-il même pas trop tard pour le développement durable ou la RSE ?
Pour les membres de l’Origens Media Lab, il ne suffit plus d’être durable, il faut savoir désinvestir, réaffecter, rediriger, voire renoncer… Pour ajuster l’économie non pas aux logiques de marché mais aux réalités biologiques ou sociales… A l’image de ces « anti-touristes » qui recherchent désormais l’exotisme au bout de la chaussure ». Des idées à suivre pour une relance culturelle écologique ?

A lire aussi : Amélie Mammou : « le milieu culturel n’est pas un nuage idyllique qui flotterait déconnecté de toute
réalité »

Cyril Leclerc
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Comments (7)

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