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Spécial SITEM / Roberta Setale (Rendr) : « Le bon média pour la bonne médiation ! »

Spécial SITEM - Roberta Setale Rendr

Visites guidées en ligne, visites virtuelles, collections ou monuments accessibles en ligne… La crise sanitaire a poussé beaucoup de lieux culturels à imaginer des solutions pour maintenir un lien avec leurs publics. Mais toutes ces « expériences » ont-elles un avenir ? Et l’art et la technologie peuvent-ils faire bon ménage ? Nous avons interrogé Roberta Setale, chargée de communication de Rendr. 

Communicant.info : Bonjour Roberta, pouvez-vous nous présenter Rendr ?

Roberta Setale : Rendr est une entreprise spécialisée dans la mise en valeur du patrimoine historique avec la réalité virtuelle et les nouvelles technologies. La mission de Rendr est de permettre à toutes et à tous, sans distinction d’âge, de langue, d’éducation ou de mobilité, de découvrir des sites historiques inaccessibles, et ainsi d’assurer non seulement leur préservation sous une forme numérique, mais également leur transmission au plus grand nombre.
Rendr est aussi à l’origine d’une application, Legendr, un guide touristique numérique qui permet d’explorer des lieux insolites ou inaccessibles, de voyager dans le temps avec des reconstitutions historiques en réalité virtuelle et de découvrir des anecdotes avec des chasses aux trésors et des mini-jeux.

C.I : Faisons un petit point sur le vocabulaire : quelle est la différence entre réalité augmentée et réalité
virtuelle ?

RS : C’est une bonne question ! En effet, la distinction entre réalité virtuelle et réalité augmentée est source de confusion, les deux termes sont souvent utilisés de manière interchangeable. Brièvement, la réalité augmentée c’est quand on filme avec une caméra et que l’on ajoute des éléments dessus ; cela va ainsi générer un effet de superposition entre le réel et le virtuel. La réalité virtuelle nécessite un casque  grâce auquel l’on va se plonger à 360 degrés dans un environnement entièrement reconstitué en 3D.

« Le vrai défi est d’échapper à l’idée que les nouvelles technologies ne sont pas « dignes » (…) de dialoguer avec l’art et le patrimoine. »

C.I : Voyager dans le temps, rendre accessible des lieux insolites ou inaccessibles, redonner vie à des sites disparus… Peut-on tout faire avec la technologie ? Et doit-on forcément le faire ?

RS : Aujourd’hui, il existe beaucoup d’actions concrètes pour agir en faveur de l’accessibilité et de la sauvegarde du patrimoine historique. Chez Rendr, par exemple, nous le reconstituons en réalité virtuelle !

Si l’on peut tout faire avec la technologie ? Cette dernière année nous a donné la preuve concrète que la technologie peut arriver bien plus loin que ses usages habituels. Par exemple, avec tous les musées et les sites culturels qui ont mis au point des visites virtuelles accessibles depuis le domicile des internautes, une quantité impressionnante d’archives numérisées montrant les collections permanentes, mais aussi des expositions temporaires, dont les salles ont été entièrement reproduites en 3D.

Est-on obligé d’aller si loin ? Ça dépend. Les bénéfices du numérique sont sûrement tangibles, sachant que la vraie expérience reste celle à vivre sur place. Aujourd’hui le numérique a atteint un tel niveau de maturité, que la notion “rendre accessible” ne signifie plus seulement rendre accessible à distance, mais aussi faciliter l’expérience sur place aux personnes à mobilité réduite ou souffrant d’un handicap sensoriel.

Concernant la position des acteurs de la culture et du tourisme, ces dernières années nous avons constaté un intérêt croissant pour le numérique comme outil de médiation et de valorisation. Il y a beaucoup de sites patrimoniaux en France qui ne peuvent toujours pas garantir l’ouverture aux visiteurs, à cause de travaux de rénovation, de contraintes liées à la sécurité, ou d’un faible flux touristique qui ne permet pas de garantir l’accueil quotidien de ces lieux. L’expérience touristique devient ainsi décevante pour les visiteurs, les habitants ne se sentent pas concernés par l’histoire de leurs lieux d’origine, et les villes perdent des opportunités de revenus car les visiteurs ne restent pas assez sur place.

À mon avis, aujourd’hui le vrai défi est d’échapper à l’idée que les nouvelles technologies ne sont pas “dignes”, on pourrait dire, de dialoguer avec l’art et le patrimoine. Par exemple, les reconstitutions en réalité virtuelle représentent à la fois un outil de médiation pour améliorer l’expérience visiteur et un moyen pour les collectivités de valoriser leur territoire, mais elles ont aussi la fonction de valider la recherche scientifique. Les villes et les sites culturels possèdent des archives inestimables qui témoignent du « millefeuille historique » : la superposition, à  différentes époques, de monuments, de sites archéologiques dans les villes, les bourgs… Cette documentation, complétée par une étude sur terrain, permet dans la plupart des cas de mener des recherches approfondies pour réaliser des reconstitutions fidèles grâce aux techniques de l’imagerie de synthèse ou encore de la photogrammétrie (technique qui consiste à effectuer des mesures dans une scène NDR). Pour ce faire, chez Rendr l’équipe des ingénieurs 3D travaille en étroit contact avec ses historiens et spécialistes en médiation culturelle. Le rendu final de ces reconstitutions donne vie à un témoignage historiquement juste, qui valorise encore davantage la recherche scientifique. Aujourd’hui, la réalité virtuelle est associée notamment à l’aspect ludique d’une visite ou d’un produit culturel, mais un jour, dans 50 ans (ou même avant !) les reconstitutions historiques feront sûrement partie de ces archives, ce qui nous permettra de garder une trace permanente du patrimoine disparu ou inaccessible.

« Les visiteurs, de plus en plus, désirent se sentir directement impliqués au cours de leur visite »

C.I :  Immersion, expérience, ces mots reviennent comme des leitmotivs lorsque l’on évoque le domaine culturel… Cependant comment peut-on proposer d’allier immersion et expérience sans perdre le sens du lieu / du projet culturel ?

RS :  Ces dernières années, on entend beaucoup parler de marketing expérientiel, un marketing centré sur la création d’un produit culturel dont l’expérience du client et sa satisfaction constituent des indicateurs clé de performances décisifs pour améliorer le produit par la suite (parcours de visite, expositions…). L’importance attribuée au processus de fidélisation révèle l’intérêt de miser sur la qualité de l’expérience plutôt que sur le nombre de visiteurs. La promesse que l’on fait aujourd’hui aux visiteurs est de leur faire vivre une nouvelle expérience, en dehors des sentiers déjà battus, ou, dans le cas de la réalité virtuelle, une expérience « immersive ». Les visiteurs, de plus en plus, désirent se sentir directement impliqués au cours de leur visite. Il faut alors leur donner l’occasion d’interagir grâce à des contenus multimédias pertinents, conçus en fonction de leurs besoins et attentes. Le bon média pour la bonne médiation !

« L’immersion virtuelle et l’expérience physique doivent être deux choses complémentaires »

Par ailleurs, l’immersion virtuelle et l’expérience physique doivent être deux choses complémentaires : l’expérience de visite sur place peut être agrémentée par des outils numériques, qui proposent des points de vue inédits ou la découverte de nouvelles choses auxquelles on ne prêtait guère attention. Cependant, la réalité virtuelle et augmentée ne peuvent remplacer une expérience réelle. Nous vivons dans une société mondialisée qui amène facilement à la perte de contact avec la réalité et la délocalisation des produits culturels est aussi à l’ordre du jour. Le rôle de la VR/AR est de fournir essentiellement un contenu complémentaire, capable d’apporter une plus-value à l’expérience et de donner vie à ce qu’on appelle l’effet “wahou” de la réalité virtuelle (en tant que communicante, je n’aime pas trop l’adoption d’une expression onomatopéique, pourtant il m’est arrivé en effet d’entendre cette exclamation !).

Avec la crise sanitaire, les lieux de la culture ont créé des expériences à vivre exclusivement en ligne, afin de garder un lien avec les visiteurs et empêcher pendant les confinements que les personnes perdent le sens du contact avec les lieux culturels. Le vrai défi est de donner vie à ces expériences virtuelles et de les intégrer à l’expérience physique, pour un engagement plus important et inclusif. D’ailleurs, créer un produit de qualité est devenu primordial, au risque de décevoir les utilisateurs, déjà habitués aux effets spéciaux du cinéma. Il s’agit par ailleurs de trouver le bon équilibre entre les informations assimilées sur place et les contenus complémentaires proposés via les dispositifs numériques (smartphones, tablettes, casques de réalité virtuelle, bornes tactiles).

Les parcours de visite sur Legendr sont un exemple concret de cette complémentarité entre physique et virtuel.
Ils intègrent des reconstitutions historiques en réalité virtuelle. La plupart de ces reconstitutions sont à découvrir sur place : l’application guide les visiteurs étape par étape, pour avancer et déclencher les expériences en réalité virtuelle. Il faut valider les étapes de la visite dans un ordre précis, de sorte à ce que le visiteur se retrouve exactement dans le bon endroit reconstitué. Pour le moment, nous ne proposons pas ces expériences à distance : les parcours créés ont pour but d’attirer les visiteurs sur place et de leur offrir une vraie expérience immersive.

Mais attention au terme « immersif » : notre deuxième objectif est de donner aux visiteurs le moyen de découvrir autrement un lieu, en posant le regard sur des détails qu’ils n’auraient jamais remarqués ; les balades présentes sur Legendr ont été conçues pour offrir aux visiteurs une médiation avec un minimum de textes et qui leur permet de profiter avant tout du paysage qui l’entoure et ensuite des contenus multimédias.

Auteur
Je m’appelle Cyril Leclerc. Je propose, en tant qu’indépendant, du conseil et de l’accompagnement en communication dans les domaines culturels et artistiques. Diplômé en Histoire de l’Art et en Ingénierie culturelle, je me suis, au fil de mon parcours, spécialisé dans la communication culturelle, jusqu’à en faire mon métier. J’ai notamment été pendant sept années, chargé de la communication culturelle à l’Abbaye aux Dames, la cité musicale (Saintes – France). Je m’intéresse particulièrement à la façon dont on peut mettre les outils marketing au service de projets culturels et comment la communication peut enrichir un projet culturel, lui apporter du sens…