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Compte-rendu SITEM : Partir d’un public spécifique pour créer un dispositif fédérateur : l’expérience du Musée Fabre

Jean-Noël Roques, responsable du service des publics au Musée Fabre et Laure Olivès, consultante non-voyante du Musée Fabre

Si les Musées souhaitent ouvrir leurs collections « au plus grand nombre » – sans doute plus que jamais depuis la crise sanitaire – il n’en reste pas moins que les publics porteurs de handicap peuvent encore difficilement profiter de certaines expériences muséales. C’est pourquoi le SITEM a accueilli cette année l’atelier « Comment améliorer l’expérience muséale pour tous, notamment pour les visiteurs en situation de handicap visuel ? ». Rencontre avec Jean-Noël Roques, responsable du service des publics spécifiques au Musée Fabre et Laure Olivès, consultante non-voyante du Musée Fabre qui nous ont partagé leur expérience du musée pour tous.

Une synergie entre la volonté du musée, les évolutions technologiques et l’écoute des publics

La malvoyance est une altération de la vue : les spécialistes parlent de « basse vision » ce qui correspond à une acuité visuelle pour le meilleur œil comprise entre 4/10 et 1/20. On parle de personne « non-voyante » lorsque son acuité visuelle est inférieure à 1/50. Loin d’être unifiée, la malvoyance comprend un champ large de pathologies, avec des effets significatifs différents mais tous impactant pour les personnes concernées. Ces pathologies de la vue ont cependant une chose en commun : les personnes touchées auront « du mal à accéder à la communication par les yeux ».

Laure Olivès témoigne : née avec des problèmes de vue, c’est en grandissant qu’elle perd complètement son acuité visuelle. Tout en précisant que son handicap n’en est qu’un parmi d’autres, elle nous rappelle une chose essentielle : elle est une citoyenne à part entière. À ce titre, et en partie grâce à son éducation, elle a « l’envie d’accéder à la culture et à l’art en général ».

Pour les Musées qui souhaitent accueillir les publics non-voyants et malvoyants, il existe plusieurs référentiels :

  • La Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées de 2005 fixe une série de normes (par exemple concernant l’éclairage) sur lesquelles s’appuyer ;
  • Le Ministère de la Culture propose régulièrement des guides de bonnes pratiques ;
  • Enfin le label « Tourisme & Handicap » créé en 2001 apporte une information fiable concernant le respect de nombreuses normes (pénombre, contraste, etc.).

En plus de ces référentiels, le Musée Fabre explique adhérer à la charte des Musées de France. « Nous n’avons pas attendu la loi accessibilité de 2005 » confirme Jean-Noël Roques. Le Musée Fabre a tout de même construit son projet petit à petit : si l’accessibilité physique a été pensée en premier lieu, l’équipe a également œuvré à travers sa communication pour accueillir les publics mais également les rassurer (contenus sur leur site Internet, dispositifs d’accueil…). L’éclairage a également été un sujet à part entière qui a demandé beaucoup de points de vigilance. Pas à pas, l’accessibilité s’est améliorée : d’abord sur l’accueil de groupe puis de personnes venant seuls et/ou par le biais d’association.

En clair, si tout part de la volonté du musée, celui-ci est appuyé par la législation et l’évolution des technologie (cf. l’éclairage) et enfin est enrichi du retour des publics.

Être autonome dans la compréhension de l’œuvre

Jean-Noël Roques revient sur l’expérience du Musée Fabre et se souvient de « l’authenticité de justesse et d’analyse des publics malvoyants quand ils touchaient l’œuvre ». C’est ce constat qui pousse le musée à développer un dispositif spécifique : un « espace pour voir autrement », avec des œuvres à découvrir grâce au sens du toucher, dans une semi-obscurité et avec un audio-guide pour accompagner les visiteurs. À travers 4 espaces – Introductif, Jeune public, Famille et Atelier du sculpteur – les visiteurs sont invités à se débarrasser des a priori puis à lâcher prise pour enfin établir « un autre rapport au musée et aux œuvres ». La découverte devient universelle car chaque visiteur peut vivre l’expérience tactile, avec ou sans handicap.

Parti d’une expérience de public « spécifique » la galerie s’adresse ainsi à tout le monde et crée une expérience originale.

L’exposition, partie en itinérance, a été mise en pause à la suite du COVID. Mais cela « n’arrête pas le dispositif et la réflexion » nous rassure Jean-Noël Roques. Le Musée de Rouen reprendra la galerie en février 2022 et l’expérience pourrait même s’exporter outre Atlantique.

Enfin, d’autres pistes et usages sont envisageables et même évoqués lors de la partie questions/réponses avec le public de l’atelier : outre les personnes malvoyante, des enfants autistes ont également pu profiter du dispositif.
Ainsi son intérêt pédagogique, fruit d’un long murissement, est avéré. Jean-Noël Roques rappelle que la démarche est également une question de culture interne et que cela prend du temps. Cependant, il existe des associations qui pourront accompagner les structures (en plus des référentiels évoqués plus tôt) tandis que les musées créeront de nouvelles propositions. « On essaie d’écouter les publics ».

La lumière ayant été plusieurs fois évoquée, un membre du public s’interroge : quid d’un dispositif immersif sonore ? Pour Laure Olivès cela peut évidemment être une façon particulière, différente de découvrir l’œuvre. Mais elle nuance : il faut cependant penser à l’usager, à son plaisir et à sa curiosité face à l’œuvre. Audio, odeur, discussion avec un médiateur… Chacun peut avoir envie de découvrir l’œuvre d’une façon différente.

Et pour l’art contemporain ? Au Musée Soulages des BTS ont créé des dispositifs pour comprendre le geste de l’artiste, toucher les outils et bien sûr écouter l’artiste.

Si une personne malvoyante ne peut être complètement autonome sur le lieu de visite (elle est en général accompagnée), elle peut l’être en revanche dans la compréhension de l’œuvre.

Le mot de la fin est laissé à Laure Olivès à travers une anecdote :

Un jour un monsieur voyant s’est bandé les yeux pour observer une statue. Ce qu’il m’a dit m’a ému : « J’ai préféré la regarder sous mes doigts qu’avec mes yeux. Elle était plus jolie sous mes doigts. »

Autrice
Amatrice d’arts visuels et de digital, je suis également une partenaire multifacette sur la communication, le marketing et le web. Je met mes compétences à disposition des entrepreneurs et structures culturelles pour les inspirer, de manière à ce qu’elles soient le moteur de leurs projets culturels. Vous restez architecte de votre communication, à laquelle j’apporte plus de cohérence.