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Compte-rendu SITEM : La numérisation 3D au service des lieux culturels

Florian Moreno - Art Graphique & Patrimoine et Jean-Marc Depuydt - Ville de Podensac

Le Domaine CHAVAT est un site acquis par la ville de Podensac (Gironde) en 1934. À ce jour la commune souhaite la restauration du site et de ses œuvres – notamment la plus grande collection d’Europe du sculpteur Ernesto Gazzeri (1866-1965) – dans leurs états des années 1920.
C’est dans ce contexte qu’est intervenue la société Art Graphique & Patrimoine, œuvrant principalement pour le patrimoine bâtiment et muséal. Issue avant tout des métiers du patrimoine (architectes, archéologues, historiens…) l’équipe s’est attachée à numériser les œuvres présentes sur le site.
Lors d’un atelier proposé au SITEM, les 2 acteurs nous ont partagé les problématiques rencontrées, ainsi que les questions à se poser avant tout projet de numérisation.

Quels sont les objectifs d’un projet de numérisation 3D ?

Florian Moreno, chef de projet 3D et expert de la numérisation d’œuvres d’art pour la société Art Graphique & Patrimoine, insiste sur ce point : il est nécessaire de définir les objectifs du projet de numérisation en amont. En effet ce sont ces derniers qui orienteront les techniques à utiliser mais aussi des interrogations importantes allant du budget à la conservation des données numérisées.

Le cas du Domaine Chavat, représenté par Jean-Marc Depuydt, Premier adjoint et vice-président de la commission finance, infrastructures & patrimoine de la Ville de Podensac, est intéressant car il soulève 3 types d’enjeux :

  • La médiation d’une part, et donc, la mise en relation de ces œuvres avec les publics
  • La conservation des œuvres ensuite, et donc la transmission d’un patrimoine culturel et architectural. Hormis les œuvres, le parc et le château du domaine peuvent également être numérisés, ce qui permettra la préservation des décors, des espaces ;
  • La restauration des œuvres enfin, qui ont été abimées soit par le temps, soit par des actes de vandalismes et ainsi, contribuer grandement à la reconstitution de l’œuvre.

La numérisation accompagne la restauration d'œuvre
La numérisation accompagne le projet de restauration d’une œuvre

La restauration et la reconstitution demandent évidemment une numérisation de l’œuvre avec le plus grand niveau de détail possible. Si l’objet numérisé venait à disparaitre physiquement, sa version numérique permettrait de le recréer entièrement. Le délai est également impacté : le travail d’un tailleur de pierre peut passer de trois mois à une ou deux semaines. La technique est également valable pour reproduire une œuvre à une taille différente. On pense aux reproductions pour la boutique du lieu culturel mais le champs des possibles est large.

Quelle est la logistique liée à la numérisation d’œuvres ?

Connaître, au moins en partie, les techniques et problématiques rencontrées lors de la numérisation, peut aider les musées et lieux culturels à mieux encadrer / accompagner leurs experts et réaliser leurs ambitions.

Pour la numérisation des œuvres du Domaine Chavat, l’Atelier Art Graphique & Patrimoine a utilisé les techniques d’acquisition lasergrammétrique et photogrammétrique, en adaptant la technique en fonction de l’œuvre et des résultats attendus.

La lasergrammétrie est un processus rigoureux, rendu possible par les évolutions technologiques. Les appareils sont aujourd’hui portables, précis et intelligents. Ils ne fonctionnent toutefois pas sur les œuvres brillantes ou en verre.
La photogrammétrie est un processus qui consiste à prendre plusieurs fois en photo la scène ou l’œuvre, afin d’obtenir plusieurs points de vue. Chaque photographie peut contenir jusqu’à 60 million de pixel et c’est parfois plus de 4000 photos, prises au sol ou par drone, qui sont combinées.

À noter que les photographies prises en extérieur offrent une certaine complexité : celle de la maîtrise de l’environnement. Conditions de luminosité changeantes, protection du matériel en cas d’intempéries… sont autant de réalités terrain à prendre en compte.

Un exemple d'objet particulièrement complexe à numériser
Un exemple d’objet particulièrement complexe à numériser

Vient ensuite la texture de l’objet numérisé. Pour rendre la texture de l’objet, par exemple : sa spécularité (capacité à réfléchir à la lumière), ses ombres… Il faut identifier puis ajouter différentes « couches » de textures numériques, chacune ayant ses caractéristiques. Soit environ 10 à 15 textures par objet. C’est un travail de fourmi qui s’opère, intimement lié aux enjeux posés préalablement.

« Il y a également la question du stockage et de la centralisation des données : c’est un gros sujet »

Enfin, se pose la question – et non des moindres – du stockage et de la centralisation des données. Le stockage peut effectivement coûter cher, notamment lorsqu’il s’agit de le pérenniser. Les standards évoluant à travers le temps, il faut prévoir de nombres copies, des mises à jour ainsi que l’export des plus vieilles données. Ce qui demandera le matériel adéquat (parfois d’origine).

Quel peut être l’intérêt pour la médiation culturelle de réaliser une numérisation 3D des œuvres ?

Depuis quelques années la médiation culturelle se couple avec d’autres enjeux liés au déplacement des publics sur les lieux culturels, à l’accessibilité des œuvres aux personnes porteuses de handicap ou récemment aux difficultés inhérentes à la crise sanitaire. Dans tous les cas c’est un équilibre entre d’une part les attentes d’un public – toujours plus exigeant et hétéroclite – et d’autre part le sens du projet culturel, son histoire, l’histoire du lieu, ses valeurs.

Casques de Réalité Virtuelle ou VR
Casques de Réalité Virtuelle ou VR qui peuvent être utilisés pour accéder à un Musée Virtuel

La numérisation des œuvres peut intervenir à différents endroits dont quelques exemples ci-après ne constituant cependant pas une liste exhaustive :

Répondre aux enjeux d’accessibilité. Une œuvre numérisé peut être reproduite pour des publics malvoyants ou non-voyants et ainsi être manipulée sans crainte pour l’originale.

Être enrichie par la réalité augmenté. Il sera possible d’ajouter des informations complémentaires, ludiques et vivantes lorsque notre public feuillètera un livre ou une brochure par exemple. Les informations sur l’œuvre, son auteur, peuvent être affichées par le biais d’un téléphone ou d’une tablette, ce qui évite la surcharge de l’affichage autour de l’œuvre.

Être intégré dans un Musée Virtuel, accessible via un casque de Réalité Virtuelle. Florian Moreno nous décrit les intérêts d’un tel procédé :

  • Créer des collections, en rassemblant des œuvres qui ne pourraient pas l’être dans la réalité,
  • Permettre aux publics de s’approcher très près d’une œuvre, de la prendre, la manipuler et l’explorer…
  • Concernant le « lieu » en lui-même, on peut aussi imaginer des passages entre différents « espaces », comme passer d’une salle de musée à une grotte…

Autrice
Amatrice d’arts visuels et de digital, je suis également une partenaire multifacette sur la communication, le marketing et le web. Je met mes compétences à disposition des entrepreneurs et structures culturelles pour les inspirer, de manière à ce qu’elles soient le moteur de leurs projets culturels. Vous restez architecte de votre communication, à laquelle j’apporte plus de cohérence.