Forum Entreprendre dans la CulturePortraits de communicants

Spécial Forum : « l’originalité vient surtout du fond, de la qualité du message et de sa cohérence » – Entretien avec Marie-Pierre Bourdier (collectif Overjoyed)

Marie Pierre Overjoyed

Faire de la veille, capter des tendances pour mieux adapter sa communication ou sa stratégie de marketing culturel… Des réflexes pour mieux connaître son environnement et optimiser sa communication culturelle…
C’est à propos de ce sujet essentiel que nous avons interrogé Marie-Pierre Bourdier, membre du collectif Overjoyed qui accompagne de nombreux acteurs du spectacle vivant. Elle a bien voulu répondre à nos questions sur les tendances de la communication du spectacle vivant*…

« Il ne s’agit plus de communiquer à tout va mais de créer des dispositifs ciblés pour renforcer le lien avec ses audiences »

Communicant.info : Bonjour Marie-Pierre ! Si vous aviez trois mots pour synthétiser les tendances de la communication dans spectacle vivant, lesquels seraient-ils ?
Marie-Pierre Bourdier : Trois mots me viennent à l’esprit : humain, Instagram et proximité.  
– Humain : La technologie, les écrans laissent place à la chair et à l’incarnation de la vie au coeur des lieux. Cette volonté se traduit non seulement dans le champ lexical utilisé autour de la retrouvaille, du partage ; dans les images avec une iconographie plus réaliste mais aussi dans les dispositifs de communication plus collaboratifs, plus spontanés, voire « faits main ».
– Instagram : En 2021, à l’exception de quelques compagnies, l’ensemble des structures observées ou abordées sont présentes sur Instagram. Les producteurs investissent du temps et des moyens pour produire du contenu et développer leurs communautés sur l’application qui suscite l’engagement de tous les publics. Canal intermédiaire entre Facebook et Tik Tok, Instagram prend la forme d’une carte de visite et d’un espace de référencement multimédia. 
– Proximité : Média, contenus, événementiel : tous les moyens sont mobilisés pour aller à la rencontre des publics sur leurs terrains que ce soit celui de l’espace public ou du numérique. Il ne s’agit plus de communiquer à tout va mais de créer des dispositifs ciblés pour renforcer le lien avec ses audiences et créer de l’engagement. 

C.I : On imagine que la crise sanitaire a rebattu les cartes ?
MPB : Oui, la crise a permis de remettre en cause certains principes en termes de temporalité, de supports de communication et d’accès à la création. Elle a surtout permis de valoriser le rôle de la communication. L’enjeu aujourd’hui est de capitaliser sur le lien recréé avec les publics en ligne pendant le confinement et de transformer l’essai en faisant venir et revenir les publics sur les lieux de spectacle.    

« Les compagnies sont très créatives dans leur manière d’embarquer l’internaute sur leur site. »

C.I : Au delà du triptyque captation-diffusion-streaming, avez-vous pu noter des initiatives originales ?  
MPB : Il y a de nombreuses initiatives originales dans le secteur qui ne touchent pas qu’au numérique, mais qui ont surtout permis de créer un autre lien avec le public. Par exemple dans les formats de rencontres dans l’espace public, des innovations avec la billetterie, la production de nouveaux types de contenus.  Comme tout le monde utilise les mêmes outils, l’originalité vient surtout du fond, de la qualité du message et de sa cohérence avec le projet artistique : là dessus les compagnies sont très créatives dans leur manière d’embarquer l’internaute sur leur site.

C.I : L’environnement est-il une thématique qui se développe ?
MPB : Elle était déjà très présente au BIS (Biennales Internationales du Spectacle – NDR) au début de l’année 2020, notamment sur le volet événementiel. Elle remonte surtout sur les sujets d’impression : les réflexions sur les modalités, la pérennité des supports et la juste quantité d’impression. Nous (le collectif de communicant.e.s Overjoyed) accompagnons principalement des producteurs dans l’univers du théâtre et de la danse contemporaine. Ce sont des structures sur lesquelles de nombreuses contraintes reposent déjà. C’est pourquoi chacun à son niveau est culturellement responsable : il y a une véritable logique de frugalité inhérente au projet. Un souci d’économie. On évite le gaspillage : de matière, de temps et surtout de personnel.   

C.I : Et comment les acteurs arrivent-ils à concilier préoccupations environnementales et transformation digitale (qui peut être impactante sur l’environnement) ?  
MPB : Comme tout le monde, assez difficilement. Surtout si l’on considère que le secteur a pas complètement terminé sa transformation digitale. Mais là encore, il nous semble que le secteur n’est pas le plus consommateur d’énergie à ce niveau là. Nous pensons que la question de l’écologie de la culture réside surtout aujourd’hui dans la durabilité des créations et l’augmentation de la diffusion. Tout ce qui puisse éviter l’obsolescence programmée des créations et des artistes. 

* Les tendances de la communication du spectacle vivant au Forum Entreprendre dans la Culture.
Le collectif Overjoyed propose aussi un atelier intitulé « construire une stratégie de communication adaptée à un projet artistique »

Auteur
Je m’appelle Cyril Leclerc. Je propose, en tant qu’indépendant, du conseil et de l’accompagnement en communication dans les domaines culturels et artistiques. Diplômé en Histoire de l’Art et en Ingénierie culturelle, je me suis, au fil de mon parcours, spécialisé dans la communication culturelle, jusqu’à en faire mon métier. J’ai notamment été pendant sept années, chargé de la communication culturelle à l’Abbaye aux Dames, la cité musicale (Saintes – France). Je m’intéresse particulièrement à la façon dont on peut mettre les outils marketing au service de projets culturels et comment la communication peut enrichir un projet culturel, lui apporter du sens…