communicant.info | Portrait de communicante : Mathilde El Hadeuf (Muside)
L'association Larému (ou LAboratoire de Recherche et d'Expérimentation du secteur MUsical) développe actuellement un guide de la musique classique. Celui-ci prend la forme d'une plateforme web accessible gratuitement. Nous avons rencontré Mathilde El Hadeuf, chargée de développement de l'association.
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Portrait de communicante : Mathilde El Hadeuf (Muside)

L’association Larému (ou LAboratoire de Recherche et d’Expérimentation du secteur MUsical) développe actuellement un guide de la musique classique. Celui-ci prend la forme d’une plateforme web accessible gratuitement. Nous avons rencontré Mathilde El Hadeuf, chargée de développement de l’association.

Bonjour Mathilde, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?
Bien sûr. Tout a commencé par un heureux hasard. Vers mes dix ans, je m’inscris en milieu d’année en cours de piano. Peu à peu je suis passionnée par l’impact de la musique sur l’Homme et décide alors de diriger mes études vers la musique classique. Je commence par une Licence en Musique et Musicologie à l’université de Lyon avec, en parallèle, un cursus de culture musicale au conservatoire pour terminer par un Master d’administration et gestion de la musique à la Sorbonne. J’effectue alors deux stages, extrêmement formateurs, le premier en communication et relations presse et le second en production et actions culturelles. Lors de mon Master, j’ai également rédigé un mémoire qui traitait de la gestion des ensembles musicaux classiques. Les conclusions de mon mémoire m’ont poussée à créer l’association Laremu dès la fin de mes études afin de trouver des solutions aux diverses problématiques déterminées.

C.I: Vous êtes donc chargée de développement au sein de l’association Laremu. Pouvez-vous présenter brièvement l’association et sa vision ?
L’association a été créée pour faire face aux problématiques du secteur des musiques non-marchandes (qui ont besoin de soutien extérieur pour fonctionner – classique, jazz et musiques du monde). Les structures se caractérisent souvent par des petites équipes administratives (voir aucune, ce sont les musiciens qui s’en occupent) qui sont souvent surbookées et n’ont donc pas forcément le temps d’effectuer de l’amélioration continue.
La vision de Laremu est participative. Elle souhaite mettre à profit l’intelligence collective pour répondre ensemble aux défis. D’une part l’association souhaite donner des pistes pour améliorer la productivité et l’attractivité des structures et  les aider à intégrer les innovations technologiques, organisationnelles, marketings ou managériales. D’autre part elle souhaite rassembler tous les acteurs musicaux non-marchands afin de s’entraider en définissant des problématiques communes, partageant l’expérience de chacun et déterminant ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins.

C.I : Vous y développez le projet Muside. Pouvez-vous expliquer ce qu’est ce projet ?
C’est un guide de la musique classique pour permettre à chaque personne qui le souhaite de pouvoir la découvrir. Il prend la forme d’une plateforme web entièrement gratuite et accompagne les internautes au cours de leur exploration.
Pour cela, il propose plusieurs outils et ressources qui permettent de répondre aux questions que se poserait un curieux :

  • Par quoi commencer ? Muside propose des parcours de découverte thématiques qui permettent de se laisser guider à travers plus de mille ans de musique.
  • Comment saisir la musique et ne pas décrocher ? Grâce aux repères d’écoutes ! Les clefs d’écoute de Muside guident l’oreille vers les éléments importants pour saisir toutes les notes.
  • Comment comprendre tout cet univers ? Grâce au lexique intégré (dès qu’un mot musical apparaît, sa définition est disponible au passage de la souris) et aux multitudes de ressources pédagogiques sur l’histoire de la musique, les notions de base, les instruments, les biographies de compositeurs et les concepts musicaux.

Muside propose plusieurs formats de ressources pour que chacun trouve le sien, texte court, plus approfondi ou vidéo. On peut aussi jouer les aventuriers et explorer les fiches par soi-même grâce aux moteurs de recherche et aux suggestions.

C.I : Comment décririez vous votre rôle ? Chef d’orchestre ? Soliste ? Instrumentiste ?

C’est un peu tout à la fois, comme pour beaucoup de projets en lancement.  Il faut avoir le recul du chef d’orchestre, la vision de l’œuvre du soliste et les compétences de chaque instrumentiste. Cela demande une grande polyvalence, beaucoup d’organisation et de gestion des priorités, mais c’est très formateur !

C.I : Pourquoi utiliser le digital pour parler de musique classique ?
Ce projet est né d’une interrogation : si personne dans notre entourage ne peut nous guider à travers la musique classique, comment s’y prendre ? Je passe la démonstration, mais c’est une musique complexe et dotée d’un répertoire extrêmement large on a donc besoin d’y être guidé pour l’apprécier complètement.
Le constat est aussi celui un public actuellement vieillissant (moyenne d’âge autour de 57 ans) et « élitiste » (75% ont un Bac+3 voire plus). Comment changer cela, toucher chacun et rendre cette approche facile ? Il y a une réponse qui s’est imposée : une plateforme entièrement gratuite et interactive sur internet (la couverture internet et le taux de la population française possédant un support numérique est très important). Un outil que l’on peut donc avoir dans sa poche et consulter quand l’envie nous en prend, aussi simplement que dérouler le fil d’actualité des réseaux sociaux.

C.I : Vous envisagez de travailler sur la personnalisation (l’outil s’adressera à différents publics, il y a des entrées par sentiment, instrument, région, époque…), comment cela fonctionnera-t-il ?

L’idée est qu’il n’y a pas qu’une seule façon de découvrir la musique classique, le répertoire est tellement large mais surtout les affinités des personnes (prenons les musiques actuelles, certains préfèrent le rock, d’autre le rap…).
Des parcours de découverte seront disponibles en fonction du niveau des utilisateurs et d’une thématique d’entrée, c’est très enthousiasmant car les idées sont infinies ! On peut s’inspirer des catégories du cinéma par exemple avec des ambiances ou sentiments du style romance ou aventure. Autre exemple, un internaute qui a eu un coup de cœur sur le piano voudra peut-être découvrir le répertoire pour cet instrument. Ces parcours proposeront des œuvres à écouter et leurs clés d’écoute, nous ajouterons également des ressources pédagogiques qui permettront d’éclairer davantage les œuvres. De cette manière les internautes pourront à la fois découvrir des œuvres et comprendre tout ce qui se joue autour.
Nous suggèrerons également des ressources pédagogiques en fonction du profil de l’utilisateur (âge, niveau) et des fiches déjà consultées. Les propositions seront soit dans la lignée de leurs consultations soit, et nous y tenons, en dehors de leurs habitudes afin de leur faire découvrir de nouveaux horizons. Ceci fonctionnera avec des algorithmes qui prendront plusieurs paramètres en compte, d’une part les différentes caractéristiques de chaque ressource présente sur le site, d’autre part le profil de l’utilisateur et enfin le comportement d’autres internautes.
Par ailleurs, si l’on a juste envie d’écouter de la musique sans plus de forme, Muside proposera des playlists. Finalement la personnalisation consiste à envisager différents profils et à proposer le plus de manières différentes d’aborder la musique pour que chacun y trouve son compte.

C.I : L’outil évoque la musique classique, mais envisagez-vous également de faire des croisements entre les disciplines (le jazz ? Les musiques actuelles ?) ?
La question est complexe car définir ce qu’est la musique classique n’est pas forcément très évident. Ainsi, la frontière entre jazz et classique a été parfois questionnée pour des compositeurs comme Gershwin par exemple. De plus, la musique classique (au sens large du terme) ne cesse de s’enrichir avec des compositeurs contemporains qui seront aussi présents sur la plateforme. Enfin, les notions musicales de base, les instruments, les concepts musicaux sont des ressources qui sont communes à tous, ainsi les autres genres musicaux pourront se servir de ces ressources.
Après, je pense qu’il faut rester concentré sur l’objectif pour ne pas trop s’éparpiller. Nous verrons comment la plateforme évolue, l’idée est de l’améliorer constamment donc la question sera tranchée avec le temps.

C.I : Que peut-on faire aujourd’hui pour aider le projet ?
Nous avons lancé une étape clef, une campagne de financement participatif afin de pouvoir sortir Muside, donc nous avons besoin de faire connaître le projet. Muside est un projet d’intérêt général utile à tous, c’est aux internautes de saisir l’importance de ce moment, d’en parler autour d’eux et si possible de faire un don. On a beaucoup de cas de personnes intéressées par l’initiative mais qui ne franchissent pas le cap du don… il faut comprendre qu’on a besoin d’avoir un nombre de donateurs important pour pouvoir réussir à concrétiser tous nos objectifs. Donc si vous pensez que Muside a du sens, n’hésitez pas, avec 5 euros vous nous aidez énormément.

C.I : Et bien sûr, voici nos questions indiscrètes :
Quel est le réseau social dont vous ne pouvez pas vous passer ?
Je suis un peu « addicted » aux réseaux sociaux et chacun a pour moi une utilisation très différente. Du côté pro, Twitter est vraiment indispensable. Il permet de suivre l’actualité, les tendances, les influenceurs…

Quelle est la discipline artistique ultime pour vous ? (celle qui surpasse les autres ?)
Toutes les disciplines artistiques sont importantes, mais j’attache un intérêt important à la musique classique. Je pense qu’elle exprime toutes les profondeurs de l’humanité, tout ce qui ne peut être dit, la complexité des sentiments, des émotions… C’est un art qui, sans le pratiquer, permet de se retrouver et de se découvrir soi-même.

Quelle est votre meilleure expérience culturelle / artistique ?
Lorsque j’avais 15 ans j’ai eu la chance de participer à un stage de piano en partenariat avec le Festival international de piano de La Roque d’Anthéron. On passait une partie de la journée à jouer du piano, puis on interviewait les artistes et enfin, le soir on assistait aux concerts. Je remets un peu de contexte, le festival se déroule en été, en Provence. La grande scène se situe dans un parc, à l’extérieur sous des magnifiques arbres centenaires peuplés de cigales. Un soir, nous n’arrivons qu’en deuxième partie de concert, on se glisse dans le public et les premières notes retentissent. Le pianiste Jean-Efflam Bavouzet interprète Les miroirs de Ravel. Je me laisse littéralement emporter et vers la moitié de l’œuvre les larmes commencent à couler. J’étais tellement touchée par la beauté de la musique que je n’ai pu m’arrêter de pleurer jusqu’à la fin de la pièce.

Quels sont vos 5 lieux culturels favoris ?
Choix compliqué, mais je vais essayer d’être assez large :
Le Musée de la musique est absolument superbe. L’intérieur est tellement reposant avec beaucoup d’éléments en bois. L’audioguide est très intéressant et les instruments sont passionnants. De plus chaque jour deux musiciens se relaient pour jouer devant les visiteurs et répondre à leurs questions. Il y a aussi de nombreux ateliers et des concerts promenades, à visiter absolument !
Le Museum d’Histoire Naturelle. J’adore son ambiance, la lumière, les bruits, le jardin des plantes autour, c’est un petit voyage à chaque fois.
J’aimais beaucoup aller aux Grands Voisins c’était un lieu de rencontres culturelles formidable ! J’ai assisté à plusieurs conférences-débat de l’université populaire passionnantes. J’allais aussi aux marchés et il y avait des associations dont les membres jouaient de la musique et dansaient.
La Cité des sciences car ses expositions comportent toujours des jeux et ateliers amusants… Je suis une grande enfant ! (Rires). Malheureusement j’y vais souvent à reculons car il y a toujours foule.
La Bibliothèque Publique d’Information du centre Pompidou. On a accès à tout le savoir possible c’est stimulant, elle regorge d’ouvrages spécialisée, est entièrement gratuite et facile d’accès (sauf pour les matinaux), c’est une porte ouverte au savoir dans toute sa diversité, je la recommande vivement (sauf en période de révision du Bac !)

Qui est votre artiste préféré(e) ?
Je ne vais pas faire dans l’originalité mais Beethoven. C’est un homme qui a mis toute son âme dans sa musique et toute sa vie. C’est un personnage torturé et sensible, j’aime à lire ses lettres et son histoire.