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Portrait de communicante : Julia Passot, responsable de la communication au Théâtre du Rond-Point

Julia Passot travaille au Théâtre du Rond-Point. Cette dynamique responsable de communication est aussi à l’origine de la création d’un réseau professionnel de réflexion sur la place du numérique dans les lieux de spectacle vivant : le TMNlab. Rencontre pour évoquer son métier, la communication, l’utilisation des outils numériques…

– communicant.info : Bonjour Julia, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Julia Passot : J’ai fait deux années de classe préparatoire littéraire durant lesquelles j’ai découvert le théâtre, à travers des cours de dramaturgie passionnants. J’ai ensuite fait une licence d’études théâtrales à l’université Lyon II en parallèle d’un stage au Théâtre des Célestins pour découvrir la production. J’ai ensuite intégré l’ENSATT, département administration – relations avec le public et obtenu un Master. A la suite de ce diplôme, on m’a proposé un contrat de professionnalisation en presse et communication au Théâtre du Rond-Point. Il y a eu une réorganisation de l’équipe quelques mois après mon arrivée et on m’a proposé de rester sur un poste d’assistante communication. J’ai progressivement évolué vers mon poste de chargée de communication puis de responsable de la communication. J’entame cette année ma neuvième saison au Théâtre du Rond-Point ! 
En parallèle, j’ai toujours gardé un lien avec des compagnies de théâtre, en étant présidente de trois compagnies. J’ai aussi effectué quelques missions de conseil en communication, notamment pour la refonte de l’identité visuelle et du site web d’une compagnie de danse. En 2013, j’ai cofondé, avec plusieurs personnes, le TMNlab, réseau professionnel de réflexion sur la place du numérique dans les lieux de spectacle vivant.

– C.I : A quoi ressemble une semaine en tant que responsable de la communication du Théâtre du Rond-Point ?
JP : Mes missions sont très variées et diffèrent en fonction des moments de la saison. De septembre à décembre, je me concentre sur le lancement de la saison et sur les projets de développement avec nos prestataires (refonte charte graphique, refonte site web ou évolutions, développement d’outils dédiés). A partir de janvier, je commence à travailler sur la brochure de la saison suivante, jusqu’en mars. La fin de la saison est consacrée à la mise en place des partenariats médias pour la saison suivante : beaucoup de rendez-vous à l’extérieur et de déjeuners avec les partenaires médias.
De manière générale, ma mission principale est de superviser le travail des deux chargées de communication de mon équipe. Même si elles sont très autonomes sur leurs missions, je veille au rythme de travail, je répartie les tâches et valide tous les documents. Je suis là aussi pour arbitrer les questions et sujets qui sortent de l’ordinaire. Avec le secrétaire général et les responsables des autres équipes (presse, relations avec le public, privatisations) nous faisons des points réguliers pour définir les stratégies d’actions à mettre en oeuvre. Je participe à plusieurs réunions par jour. Je représente la communication lors des rendez-vous avec les compagnies ou des personnes extérieures (partenaires médias, prestataires) et auprès de la direction. Je suis présente lors des premières des spectacles et je reste aussi certains soirs pour accueillir des partenaires sur les spectacles ou des opérations de relations publiques dans nos murs.

– C.I: Le Théâtre du Rond-Point est régulièrement cité en exemple pour l’utilisation des outils numériques ? Comment avez-vous mis en place votre stratégie de communication digitale ?
JP : Cette réflexion est présente depuis 2008 avec le développement d’un écosystème numérique regroupant le site web, les réseaux sociaux et la revue en ligne. Nous avons toujours réfléchi au sein de la communication aux nouveaux enjeux et opportunités apportés par le numérique, en terme de stratégie mais aussi d’outils. Le développement d’une revue en ligne par la direction littéraire (www.ventscontraires.net) a permis aussi d’amorcer cette réflexion sur la stratégie de « marque Rond-Point » et de communication plus éditoriale. Progressivement, nous avons réinterrogé l’équilibre entre nos supports et dégagé une marge de développement plus importante pour le web. Nous avons d’ailleurs créé en 2015 un poste de chargée de communication web qui m’aide à développer les sujets suivants : community management, référencement, analyse statistiques fréquentation site web et réseaux sociaux, recueil de données, ciblages et annonces web (versus pub print). Cette stratégie digitale se construit également en collaboration avec les équipes des relation avec le public, de la billetterie, et du réseau informatique, de manière transversale. Il est en effet important d’impliquer tous les acteurs de l’entreprise dans la transformation digitale. A ce titre, en 2015, nous avons effectué une refonte totale de notre site web et mené une réflexion globale sur le site internet, la billetterie en ligne, les bases de données et applications dédiées avec toutes l’équipe du théâtre en méthode agile. Depuis, nous faisons évoluer ces outils régulièrement, en concertation avec toutes les personnes impliquées. Nous aimerions d’ailleurs aller encore plus loin en impliquant les usagers.

– C.I : Par ailleurs, vous aviez mis en place le blog Vents Contraire. Quel est l’intérêt pour vous de proposer du contenu en ligne qui ne soit pas uniquement promotionnel ?
JP : Il s’agit d’un véritable site web lancé en 2010 par Jean-Daniel Magnin, directeur littéraire du Rond-Point, rejoint ensuite par Vincent Lecoq, responsable éditorial. L’idée était de développer une véritable revue qui serait la 4e salle, virtuelle, du théâtre dans laquelle tous les internautes pourraient proposer un contenu en rapport avec « l’esprit Rond-Point », le « Rire de Résistance ». A ce moment-là, c’était un geste novateur pour un théâtre qui pouvait développer en son sein un espace de liberté et de création autour des valeurs du lieu avec une vraie ligne éditoriale. Cela a renforcé l’image du théâtre et permis de communiquer sur du contenu éditorial plus que promotionnel. Nous avons développé une notoriété spécifique grâce à ce projet. C’est un luxe que nous avons pu expérimenter sur un temps limité, puisque nous avons dû réorienter les objectifs de la revue et réduire l’équipe éditoriale. Aujourd’hui, ventscontraires.net s’est recentré sur l’extension magazine du site www.theatredurondpoint.fr et propose des contenus bonus sur les spectacles, les artistes, les événements du théâtre, des podcasts et les archives insolites du théâtre. Cela reste un vecteur intéressant de contenu éditorial.

– C.I : Vous disposez de beaucoup de moyens pour cela ? Quels conseils donneriez-vous à une structure plus modeste ?
JP : Tout commence dans une définition claire du projet du lieu et ses valeurs. Sans cette étape, toute stratégie de communication est vide de sens, peu importe les moyens dont on dispose. En tant que communicant il faut toujours avoir à l’esprit les 3 ou 4 mots clefs qui sont la colonne vertébrale du projet. A incarner ensuite dans une stratégie de communication cohérente. L’idéal étant de conjuguer plusieurs types de supports et canaux pour maximiser le message. Le web et les outils numériques offrent de formidables opportunités pour développer une stratégie de communication efficace et moins onéreuse que sur les supports prints. En effet, on peut utiliser la plupart des réseaux sociaux de manière organique et développer ainsi sa notoriété sur le web, on peut investir également de petites sommes sur des posts payants sur les réseaux sociaux. Le référencement de ses activités sur les autres sites est un travail également intéressant à mener et il existe de nombreux logiciels libres qui peuvent être utiles. De manière générale, je pense qu’il est important de cultiver une veille régulière sur l’innovation en communication digitale, en s’abonnant à des newsletters ou en suivant des blogs spécialisés. Cela permet d’avoir une meilleure connaissance des enjeux, de cibler les réseaux et outils les plus pertinents pour son activité. Je conseillerais également d’impliquer l’ensemble des personnes de l’équipe de la structure, car via les réseaux sociaux, chacun est à présent porte-parole de sa structure. Le rôle du communicant est d’organiser et de rendre cohérente cette parole en mettant une boîte à outils à disposition de tous.

– C.I : Qu’est ce que le numérique, au delà de la communication, peut apporter aux lieux culturels ?
JP : Le « numérique », ce mot est vaste ! Je dirais en premier lieu que le numérique vient modifier profondément notre rapport au savoir, aux institutions, au public, aux artistes, aux professionnels…. il induit une dynamique d’interaction qui nous pousse, en tant que professionnels, à réinterroger sans cesse notre offre, nos outils, notre manière de communiquer et d’être en réseau. Cela crée également un autre rapport au territoire, dans un ancrage à la fois hyper local et très lointain. Il y a aussi le rapport au temps qui est transposé dans une instantanéité et une précipitation continue.

– C.I : Par ailleurs, vous avez initié le TMNLab, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
JP : Nous avons cofondé le TMNlab avec Anne le Gall (qui en est l’initiatrice) et Sébastien Daniel en septembre 2013, rejoints très vite par une petite dizaine d’autres professionnels, pour la majorité issus des métiers de la communication et de la médiation dans des lieux de spectacles vivants. Le constat de départ était qu’il n’y a avait pas d’espace de réflexion sur les questions du numérique appliquées spécifiquement au spectacle vivant. Beaucoup de choses existaient dans le domaine du patrimoine, des musées. L’idée était de créer un réseau de professionnels, de mettre en partage les expériences et réflexions de chacun via une plateforme web. Nous nous sommes rapidement rendu compte qu’il y avait peu de retours d’expériences formalisées. C’est comme ça que nous avons développé des ateliers et des conférences avec des professionnels du numérique, des chercheurs, des sociologues pour créer du contenu. Petit à petit, nous avons commencé à dialoguer avec les acteurs institutionnels tels que le CNT et la DGCA. Ce qui a conduit à la réalisation d’un état des lieux du numérique dans les théâtres en France en 2016. Cette étude, dirigée par le TMNlab a été réalisée par Marion Denizot et Christine Petr de l’Université de Rennes.
Je ne fais plus partie du bureau de l’association depuis 2015, mais continue de suivre et de soutenir avec intérêt cette belle initiative.

– C.I Vous avez récemment créé un blog, pouvez-vous nous le présenter ?
JP : J’ai créé le blog de la Turbine (www.leblogdelaturbine.org) en février 2017 pour parler de transition au sens large, et plus particulièrement de santé, d’alimentation, d’éducation, de déchets, de démocratie, d’écologie… tous les sujets qui touchent à nos modes de vie, de pensée et de consommation pour la société de demain. Il s’agit de faire de la curation sur certains sujets, de présenter une synthèse d’informations pertinentes tout en étant le plus ouvert et ludique possible. C’est un vrai exercice de communication !

La devise de la Turbine : « il existe un autre monde, et il est dans celui-ci » (Paul Eluard).

Julia Passot, Théâtre du Rond-Point

Crédit : Giovanni Cittadini Cesi.

– C.I : Enfin, comme le veut la coutume, voici les questions indiscrètes :

– Votre réseau social favori ?
Facebook, pour la revue de presse sur mesure.

– La discipline artistique ultime pour vous ?
Le théâtre.

– votre meilleure expérience culturelle ?
Les spectacles en plein air au Festival d’Avignon : La Casa de la Fuerza d’Angelica Lidell au Cloître des Carmes et Le Maître et Marguerite de Simon Mac Burney dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

– Vos 5 lieux culturels favoris ?
Le 104, La Ferme du Buisson, Le Palais de Tokyo, Les Subsistances à Lyon, La Loge, La Maison des Métallos.

– Votre ou vos artistes préférés ?
Thomas Ostermeier, Ivo von Hove, Beyoncé, Michel Houellebecq, Joël Pommerat, Jean-Philippe Toussaint.