communicant.info | Portrait de communicant : Sabine Pasdelou, historienne de l'art et consultante
Consultante, formatrice et auteure... Sous ces différentes casquettes se cache Sabine Pasdelou, Docteur en Histoire de l'Art. Elle nous présente son parcours (elle a soutenu une thèse sur la production d’objets populaires imitant les produits de luxe). Elle nous explique aussi comment elle transmet ses connaissances et son travail.
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Portrait de communicant : Sabine Pasdelou, historienne de l’art et consultante

Consultante, formatrice et auteure… Sous ces différentes casquettes se cache Sabine Pasdelou, Docteur en Histoire de l’Art. Elle nous présente son parcours (elle a soutenu une thèse sur la production d’objets populaires imitant les produits de luxe). Elle nous explique aussi comment elle transmet ses connaissances et son travail.

– communicant.info : Bonjour Sabine, pourriez-vous nous décrire votre parcours ?
Bonjour. Et bien, ce sera une réponse assez rapide : je suis historienne de l’art. J’ai commencé ma formation à l’École du Louvre puis je l’ai poursuivie à l’université de Paris Nanterre (Paris X / Paris Ouest Nanterre la Défense). J’ai soutenu ma thèse de doctorat en novembre 2016.

Sabine Pasdelou
– communicant.info : Vous êtes à la fois consultante, formatrice et auteure, comment mêlez-vous ces trois activités ?
Je suis passionnée par mon travail et c’est naturel pour moi d’exercer plusieurs activités. Même si c’est une réponse un peu simple, c’est de cette manière que je vis cette pluralité professionnelle. Je n’ai jamais pu m’épanouir lorsque je n’avais qu’une seule mission ou qu’un seul projet à la fois. J’ai souvent eu 2-3 jobs en même temps que mes études ! Mes missions actuelles sont à la fois établies sur du court, du moyen, du long et du très long terme : c’est la même démarche dans un projet doctoral bien mené. Lorsque l’on fait un doctorat, on doit adopter une manière plurielle de travailler ; on ne travaille jamais sur un seul projet, on en a plusieurs, et souvent de natures différentes s’étalant sur une période allant de quelques jours à plusieurs années.
Ainsi, Je devais être capable, en plus de l’écriture de la thèse : d’enseigner (avec son lot de copies à corriger), d’écrire des articles, de faire des recherches sur le terrain, de consulter de nombreux documents/livres dans les archives et les bibliothèques, de faire des interviews, de gérer des projets culturels et associatifs (avec le management des équipes, la gestion administrative et financière, logistique car je suis présidente d’une association depuis 2011), d’organiser des colloques/séminaires/ateliers/réunions, de communiquer sur mes recherches via des conférences, et de me tenir informée de la recherche en participant à des colloques ou à des séminaires de recherche.
Aujourd’hui, en fait, c’est la même chose ! Mes différents clients me confient des missions variées : recherche terrain, missions d’écriture et de rédaction, formations, enseignements, avec les responsabilités pédagogiques que cela implique souvent (direction de mémoire, réunions, etc.). Je travaille chez moi, ou chez le client, ou dans des lieux spécifiques aux missions (bibliothèques, musées…). En somme, j’alterne les projets de la même manière que pour mon projet doctoral : je ne m’ennuie jamais et mes journées sont très variées.

– communicant.info : Votre parcours vous a amenée à traiter des métiers d’art et des industries de semi-luxe en France, pouvez-vous nous en dire plus ?
Lorsque j’étais en 2e année de l’École du Louvre, j’ai effectué un stage au musée de Creil (60). Il s’agit d’un musée situé dans une vieille demeure bourgeoise (fin XIXe-début XXe siècle). Lors d’une mission d’inventaire, j’y ai découvert la faïence fine produite dans l’usine de cette ville aux XIXe-XXe siècles. Ces marchandises produites massivement par des anonymes me plaisaient pour ce qu’elles incarnaient : en Histoire de l’Art, on étudiait alors uniquement les techniques nobles (peinture et sculpture) et très peu de techniques considérées comme mineures (céramique). Cela a fait naître en moi une réflexion sur l’anonymat des fabriques et des ateliers, et sur les objets du quotidien que l’on questionne peu en général. Je n’ai plus regardé les assiettes de ma grand-mère de la même manière après ça ! Après ce stage, j’ai été recrutée comme guide et assistante de conservation dans ce musée, puis je suis devenue chargée de projets. J’ai par ailleurs conçu une exposition temporaire sur mon sujet de Master au sein de ce musée [Le japonisme des manufactures de céramique 1860-1930]. Ainsi, j’y ai travaillé plusieurs années, jusqu’au début de ma thèse : cette expérience a influencé mon projet doctoral. Je ne voulais pas travailler sur un sujet uniquement axé sur un artiste créant un chef-d’œuvre, mais sur la création collective d’objets du quotidien.
Très naturellement, j’ai voulu étudier ce type de produit industriel, mais en me focalisant sur la manière dont on essayait de produire des objets ressemblant à des articles de luxe et incarnant l’Ailleurs (j’ai analysé les motifs influencés par l’Extrême-Orient) : en somme, l’alliance des innovations technologiques et du savoir-faire manuel. La machine et l’usine fascinaient et effrayaient au XIXe siècle, d’où les débats et publications sur l’importance du travail manuel chez les créateurs, mais sans rejeter les facilités de production grâce aux fabriques. Ce débat est encore d’actualité !
Pour ma thèse, j’ai analysé la production d’objets populaires imitant les produits de luxe et consommés comme tels par les Français de classe moyenne et de la petite bourgeoisie. La question de la fabrication d’objets de semi-luxe au XIXe-XXe siècles qui se situe entre production massive et création d’ateliers, me passionne, et surtout la manière dont on communique ensuite sur ces produits grâce à la publicité.
J’ai ainsi étudié la création, la production massive, la distribution et la réception de ces objets. Donc forcément, plein de questions en tête : qu’est ce qui définit une production luxueuse ? Est-ce le prix ? Les matériaux ? La publicité ? La présentation des objets dans les magasins ? La manière dont on acquiert l’objet ? La manière dont on l’utilise ou l’expose chez soi ? Qui consomme ces objets et pourquoi ?
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la France connaît de grands bouleversements industriels et commerciaux. Les manières de consommer se modifient grâce aux grands magasins où le public peut entrer librement, se promener, flâner, choisir et acheter une chose belle à ses yeux. La clientèle, constituée majoritairement de femmes, passe beaucoup de temps dans ces grands magasins. Le public, et on retrouve ce même mécanisme à l’heure actuelle, a besoin de posséder des choses pour se distinguer socialement. Je schématise évidemment car je ne vais pas réécrire ma thèse ici , mais je suis fascinée de voir les mécanismes d’appropriation des objets d’un luxe abordable (un semi-luxe, et très souvent des contrefaçons de l’Extrême-Orient dans mes recherches) pour satisfaire le « Moi » qui tente de trouver sa place dans la société à travers ses possessions. Le XIXe siècle est celui où l’on possède et consomme de plus en plus de choses. Ce phénomène s’amplifiera au cours de la seconde moitié du XXe siècle.
Finalement, luxe et semi-luxe ont des frontières poreuses : le luxe se démocratise depuis le XIXe siècle, et le public est à la recherche de produits de qualité, mais accessibles. Depuis peu, j’ai commencé des recherches sur la revalorisation actuelle de l’artisanat dans le secteur du luxe : des corrélations sont évidentes entre les pratiques anciennes et les pratiques actuelles de production, de distribution et de consommation d’articles où innovation technologique et savoir-faire traditionnel sont au cœur des discours des grandes Maisons. Ce secteur favorise aussi bien l’expérimentation, l’appréciation culturelle et historique des biens, et l’artisanat. Les grandes Maisons veulent incarner le savoir-faire, et le grand public est de plus en plus intéressé par cette consommation culturelle qui lui permet également d’exprimer son individualité avec ce type de produits. L’intelligence de la main est de nos jours redevenue aussi importante que les innovations technologiques.

– communicant.info : Communiquer sur ces sujets, former, sensibiliser, autant d’actions qui sont au coeur de votre métier. Avez-vous une ou des techniques particulière pour transmettre vos connaissances ?
Les connaissances se transmettent aisément quand on parvient à solliciter l’attention du public, en lui posant des questions, en le faisant réfléchir et [sou]rire ! Une ambiance bienveillante aide beaucoup à la transmission. Je sollicite de plus en plus mon public et n’interviens parfois que comme une sorte de médiateur. Le public des générations « Y » et « Z » n’est pas en phase avec la manière classique de former/enseigner, c’est-à-dire : un enseignant qui apporte la connaissance à une classe silencieuse et concentrée pendant plus d’une heure. Ce n’est plus du tout ce cas de figure, même si ça peut être déstabilisant dans un premier temps ! Ils ont besoin de parler et de faire. Je varie donc les activités et les manières d’aborder le sujet : j’utilise un peu de théorie à partir des questions du public, des débats et de plus en plus de cas pratiques.

– communicant.info : A un(e) formateur(rice) qui se lancerait, auriez des conseils à lui adresser ? Comment communiquer sa passion, son savoir ?
Je lui recommande plusieurs choses :
– D’écouter véritablement son auditoire (donc de ne pas juste parler pour étaler sa science : et oui, il y en a !), de susciter sa curiosité, et de le faire participer car la configuration classique de l’enseignement (type conférence) n’est plus d’actualité.
– Changer d’activités pendant la formation : ajouter à la théorie des cas pratiques, des mises en situation, des comparaisons avec l’actualité même si on se situe dans une discipline comme l’histoire ou l’histoire de l’art. C’est peut-être étonnant de penser au caractère opérationnel d’une discipline théorique comme histoire de l’art ou histoire, mais c’est devenu inévitable.
– Essayer de faire comprendre au public en quoi cette formation va lui être utile, à moins qu’il ne la suive en tant qu’amateur convaincu, mais c’est rarement le cas.
– Être passionné, et par là j’entends pour de vrai : faire ce type d’activité pour des raisons pratiques (et oui, il y en a aussi !) ou par dépit n’apporte rien de positif car le public sent quand le formateur n’est pas passionné. Non seulement le message ne passe pas du tout, mais l’ennui règne !
– Se tenir informé, je me renseigne régulièrement, je lis beaucoup de livres sur le sujet et je fais de la veille pour savoir ce qu’il se passe dans le monde de l’innovation pédagogique et sur les évolutions de mentalités et sur les manières d’apprendre (de la génération X à Z).

– communicant.info : Vous tenez aussi un blog. Pouvez-vous nous en parler ?
Le blog me sert à la fois de site vitrine et de blog. C’est un moyen efficace de mettre en avant mon CV, de publier mes photos et de parler plus longuement de sujets qui me tiennent à cœur tels que l’art et les voyages. J’écris également de temps en temps des articles sur la technique de la céramique, c’est d’ailleurs comme ça que l’idée du blog m’est venue. Mais avec la thèse, il m’était difficile d’y consacrer beaucoup de temps. Ceci-dit, j’ai commencé à m’y remettre sérieusement depuis la soutenance. Je poste également depuis quelques temps des billets en lien avec mon actualité (publications, conférences…) et les expos/sites que je visite. J’espère poursuivre sur cette  voie : actualités, expositions, voyages, photographies, etc. Mais il n’est pas impossible que je modifie ma manière de gérer ce blog, notamment par l’ajout de vidéos…

– communicant.info : Et enfin… Les traditionnelles questions (très) indiscrètes ! 

– Votre réseau social préféré ?
En fait, j’en ai 3 : Pinterest (pour le DIY, les belles images et les idées en tout genre), Twitter (pour l’actualité, les sciences/connaissances et l’humour) et Youtube (pour les sciences/connaissances, les tutos, la musique et l’humour)

– La ou les discipline(s) artistique(s) ultime(s) pour vous ?
La poterie et la calligraphie

– votre meilleure expérience culturelle ?
Ma première visite au musée du Louvre, c’était la première fois que j’entrais au musée. C’était d’ailleurs la première fois que je visitais Paris.

– vos 5 lieux culturels favoris ?
C’est une question très difficile pour un historien de l’art !  Je dirais : le musée d’Orsay, le musée Kawai Kanjiro de Kyoto, le V&A museum, le musée des Arts décoratifs de Paris et les temples japonais de manière générale (bouddhistes et shinto).

– votre ou vos artistes préférés ?
Oh là ! Encore plus compliqué de répondre à cette question !
Il y a tellement d’artistes qui m’ont émue, tellement d’artistes que j’aime, tellement d’artistes dont les œuvres m’ont marquée et tellement d’anonymes ayant créé des œuvres incroyables…
Mais de manière instinctive, je dirais : Zao Wu-Ki, Édouard Manet, Hokusai, Kawanobe Kyosai, Honoré Daumier, Odilon Redon, Eileen Gray, Toulouse-Lautrec, Degas, Van Gogh, Claude Monet, Caspar David Friedrich, les concepteurs-bâtisseurs de cathédrales et le Bernin (je suis toujours en admiration devant la statue de l’Enlèvement de Perséphone).