Culture soutenableMuseum Connections

Museum Connections – « Favoriser la transition numérique tout en contrôlant son empreinte »

La transition numérique reste un sujet essentiel pour les acteurs culturels et patrimoniaux. La crise sanitaire a d’ailleurs accéléré l’utilisation des outils numériques (réseaux sociaux, streaming, visites virtuelles…). Il est apparu que celui-ci était, notamment, un excellent moyen pour rester en lien avec ses publics…

Cependant, une autre injonction est parallèlement faite aux structures culturelles : celle de réduire leur impact environnemental. Or si l’on regarde les principaux impacts environnementaux du secteur culturel, on s’aperçoit que le numérique occupe une place non négligeable. Dès lors, comment réussir ce grand écart ? C’était le sujet de cette présentation proposé par Museum Connections.

Un monde dématérialisé, des impacts avérés…

L’intervenante (Marguerite Courtel du collectif Les Augures) s’est d’abord attachée à rappeler les impacts du numérique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’immatérialité que l’on prête au numérique n’est qu’une chimère. Celui-ci est responsable de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (soit autant que l’aviation civile). Le tout avec une croissance considérable : avant le confinement, les émissions du secteurs augmentaient de 8 % par an.
80 % de l’impact du numérique est lié à la fabrication des terminaux (les équipements électroniques tels que les smartphones, les tablettes…). Car la bête noire du numérique ce ne sont donc pas les mails que l’on nous invite à trier (ou le wifi que l’on nous invite à couper)… Mais bien la fabrication des équipements : ils nécessitent l’extraction et la transformation de ressources abiotiques tel que le cuivre… (Mais pas seulement : comme l’a rappelé Marguerite Courtel, un téléphone portable mobilise l’utilisation de 70 matériaux / métaux différents). Au delà des émissions carbone, cette extraction consomme énormément d’énergie et génère une pollution des sols et de l’eau nocive à la biodiversité et par ricochet à l’Homme…
De plus, avec le développement des offres numériques culturelles, on assiste à une addition des modes de diffusion (c’est l’effet rebond). Par exemple, la mise en place d’événements accessibles en présentiel et en distanciel accroissent les émission carbone du secteur.

Enfin le numérique n’est pas sans impacts économiques et sociaux :
. Nos équipement numériques sont bien souvent produits dans des pays ne respectant pas le droit des travailleurs
. Le big data et la course aux données engendrent un profilage des utilisateurs
. On pense souvent le numérique comme un outil d’accessibilité, de démocratisation. Mais aujourd’hui un français sur 6 n’a pas accès au numérique…
. Sans compter les addictions et la fatigue que provoquent le numérique…

Marguerite Courtel / Photographie : Faust Favart

Que faire ?

La première chose est de prolonger la durée de vie des équipements le plus longtemps possible et d’en acheter le moins possible. Pour Marguerite Courtel, il s’agit donc de mettre en place une politique d’achats responsables (introduire des critères environnementaux dans les appels d’offres, soumettre les fournisseurs potentiels à un questionnaire sur leurs engagements écologiques et sociétaux et exiger des écolabels, exiger une garantie minimum à 5 ans…). Mais surtout, il est important de sélectionner un appareil dont les performances sont adaptées à ses besoins (rien ne sert, par exemple, d’acheter un ordinateur surpuissant si c’est pour faire de la bureautique).
Et avant d’acheter du neuf, il est important d’acquérir du matériel de seconde main ou reconditionné, de louer le matériel plutôt que l’acheter et de faire réparer plutôt que de changer. Enfin, le fait d’éviter de laisser au placard des appareils numériques permet aux filières de recyclage de se développer, de se structurer.

Et le mail ? Regardez plutôt l’impact de la vidéo !

Est-ce que trier les mails ou limiter les pièces jointes, c’est engager une démarche de numérique responsable ? Pas vraiment pour Marguerite Courtel. En réalité, le transfert et le stockage des mails ne représentent que 0,2 % de l’empreinte carbone totale du numérique mondial…
En revanche, les acteurs culturels pourraient engager une réflexion globale sur l’usage de la vidéo. Aujourd’hui, elle représente 80 % de la bande passante mondiale du web et les vidéos en ligne génèrent 1 % des émissions de Gaz à effet de serre mondiale (autant qu’un pays comme l’Espagne)…
C’est ce qu’a fait Canal + (voir aussi notre compte rendu Culture et développement durable) en proposant / incitant à ses abonnés sur son application « My Canal » à choisir une qualité de vidéo moindre. Inutile, en effet, de regarder une vidéo en 4K sur un téléphone ou un ordinateur…
Marguerite Courtel conseille d’optimiser les vidéos avec le logiciel Handbrake notamment (NDR : le shift project propose une fiche pratique à ce sujet), de choisir un fournisseur vertueux. Mais aussi de proposer les vidéos en téléchargement plutôt qu’en streaming et de désactivez la lecture automatique des vidéos…

« Les contraintes sont fertiles »

Difficile pour Marguerite Courtel d’aborder ce vaste sujet du « numérique responsable » dans le temps qui lui a été imparti… Pour elle, ce qui est important, c’est de bien analyser si le numérique propose la bonne réponse aux problématiques rencontrées. Car la question n’est pas de remettre en cause l’utilité du numérique, ni de le voir comme la solution à tous les problèmes.
Et Marguerite Courtel de citer Gauthier Roussihle (Chercheur spécialisé sur les enjeux environnementaux de la numérisation) : « écoconcevoir un service numérique exige une plus grande précision car il faut répondre à 80 % des usages avec seulement 20 % de ressources mais ces contraintes sont extrêmement fertiles. »

Auteur
Je m’appelle Cyril Leclerc. Je propose, en tant qu’indépendant, du conseil et de l’accompagnement en communication dans les domaines culturels et artistiques. Diplômé en Histoire de l’Art et en Ingénierie culturelle, je me suis, au fil de mon parcours, spécialisé dans la communication culturelle, jusqu’à en faire mon métier. J’ai notamment été pendant sept années, chargé de la communication culturelle à l’Abbaye aux Dames, la cité musicale (Saintes – France). Je m’intéresse particulièrement à la façon dont on peut mettre les outils marketing au service de projets culturels et comment la communication peut enrichir un projet culturel, lui apporter du sens…