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« Les leviers pour réduire notre impact sont multiples ! » Rencontre avec Manon Viau d’ARVIVA

Réchauffement climatique, crise environnementale, extinction de la biodiversité… Autant de problématiques qui reviennent en boucle et qui appellent à l’action.
Que peut le monde culturel ? Prendre conscience, s’organiser… Mais aussi passer à l’action pour réduire son impact. C’est l’objectif de l’association ARVIVA (Arts vivants, Arts durables). Nous avons échangé avec Manon Viau, l’une de ses membres…

Communicant.info : Bonjour Manon, pouvez-vous nous expliquer comment est né ARVIVA (Arts Vivants, Arts Durables) et les motivations qui vous ont poussé à créer cette association ?

Manon Viau : ARVIVA est née de la rencontre de neuf professionnels du spectacle vivant qui, forts de leur prise de conscience sur la nécessité de changer nos pratiques et leur impact environnemental, ont souhaité agir à un niveau plus global que celui de leur seule structure. Cette rencontre s’est faite lors de rendez-vous professionnels du secteur de la musique, en juin 2019, et notre volonté a tout de suite été de réunir tous les acteurs du spectacle vivant, toutes disciplines, esthétiques et postes confondus. L’urgence de la situation ne nous permet pas de cloisonner nos recherches et de ne pas mettre en commun toutes les bonnes pratiques.
Nos motivations principales étaient donc de mutualiser les savoirs pour faire gagner du temps aux personnes souhaitant opérer la transition de leur structure, d’encourager cette transition à une plus large échelle mais aussi de se sentir moins seul face à cet énorme chantier. Notre première démarche a été d’écrire un manifeste et de tenter de rédiger une charte écologique engageante pour les futures structures qui nous rejoindraient.
Le confinement est arrivé et nous a octroyé le temps nécessaire pour repenser notre action et la structurer. Nous avons ainsi décidé de créer une association nationale Loi 1901 « ARVIVA – Arts vivants, Arts durables » qui héberge tous nos projets. Nous ne souhaitions pas être dans la seule déclaration d’intention mais bien dans l’ACTION. C’est pour cela que l’’association s’appuie donc sur 3 piliers : être une boîte à outil et fournir un « Guide pour l’action », être une plateforme d’idées et d’échanges, et opérer un lobby privé et public.
Nous avons lancé la campagne d’adhésion à ARVIVA en juin 2020 et notre première réunion d’adhérent a eu lieu le 15 septembre dernier en présentiel et distanciel. Cette date a aussi marqué le lancement de la version Beta de notre site internet et de notre « Guide pour l’action ».

Arviva, « Les leviers pour réduire notre impact sont multiples »

C.I : « Pas de spectacle vivant sur une planète morte » c’est la devise d’ARVIVA. Quels peuvent être les leviers pour arriver à cette vision ?

MV : Cette phrase impactante est en fait de « Music Declares Emergency », un collectif anglais qui mène des actions éco-responsables dans le secteur de la musique. La phrase d’origine est « No music on a dead planet » ; nous nous sommes permis de la traduire et de l’adapter en « Pas de spectacle vivant sur une planète morte ». Elle nous plaît car elle traduit l’urgence de changer nos pratiques.
Les leviers pour réduire notre impact sont multiples ! Le premier est sans doute la prise de conscience et la persuasion. Nous n’avons pas d’autre choix que de parler de la nécessité urgente de changement autour de nous : aux lieux qui nous reçoivent en tant qu’artiste(s), aux artistes que nous recevons en tant que lieu(x), aux tutelles et subventionneurs privés comme publics, à nos collaborateurs, aux médias, aux publics…  Le deuxième levier, c’est l’action. C’est l’envie d’action qui nous a aussi réuni chez ARVIVA. Dans ce but, nous avons créé notre Guide pour l’action : il regroupe des mesures, sous-mesures, outils concrets, faits marquants et témoignages, classés en 10 thématiques. C’est une véritable boîte à outil pour nos abonnés qui souhaiteraient créer leur propre charte environnementale, adaptée à leurs problématiques, leurs constats et leurs objectifs. Agir c’est aussi se réunir, discuter, échanger ses solutions, chercher ensemble pour ensuite faire évoluer nos connaissances communes, symbolisées chez ARVIVA par ce Guide collaboratif. Le dernier levier enfin est sans doute de convaincre les puissances publiques, nos tutelles, nos subventionneurs privés comme publics à travers le lobby.

« Les effets sur la planète se font malheureusement ressentir depuis de nombreuses années mais la société met du temps à en prendre conscience. »

C.I : Actuellement gourmand en énergie, en carbone ou générateur de déchets, le spectacle vivant et, plus généralement, le monde culturel peut-il facilement et rapidement décroitre ?

MV : Chez ARVIVA, nous ne pensons et ne souhaitons pas que le spectacle vivant et la culture en général s’empêchent d’être diffusés à une certaine échelle. Nous ne souhaitons pas « confiner » les artistes et leurs œuvres à une dimension locale car l’échange est indispensable pour la richesse de la création. Le terme « décroître » est donc sans doute un peu trop fort.
Cependant, il est effectivement impératif de repenser notre croissance. La carrière d’un artiste ne devrait plus se juger au nombre de dates par an, au nombre de salles ou tournées internationales par saison. Il n’est plus possible de concevoir une date isolée à l’autre bout du monde ou de valoriser une vie d’artiste en permanence entre deux avions. Il faut repenser le temps de la création et de la diffusion, et pour cela, il faut également repenser les exigences des subventions qui les financent.
La décroissance en termes de quantité de déchets, quant à elle, est impérative et de nombreuses solutions existent déjà : achat en vrac, fontaine à eau, vaisselle lavable, hôtels éco-responsables, recyclage ou achat d’occasion de matériel bureautique…

C.I : De nombreuses initiatives liées à l’environnement voient le jour depuis quelques années dans différents domaines culturels (festivals, musées, spectacle) et territoires. Comment expliquez-vous cette prise de conscience ? 

MV : Les effets sur la planète se font malheureusement ressentir depuis de nombreuses années mais la société met du temps à en prendre conscience. Les domaines culturels suivent ce rythme et les nombreuses initiatives sont souvent liées à une sorte de dissonance cognitive. L’individu ayant pris conscience et mis en place de nombreuses mesures éco-responsables dans son quotidien, à son domicile, ne supporte plus d’agir différemment dans son environnement professionnel. C’est en tout cas un cheminement observé chez la plupart des fondateurs d’ARVIVA : ce besoin d’être en accord avec ses convictions, dans tous les domaines de sa vie, personnelle comme professionnelle.

De nombreuses voix se sont aussi élevées pendant et suite au confinement. Ce temps nous a permis de prendre un peu de recul et beaucoup voient le coronavirus comme un signal qu’il faut agir !

« L’artiste a le pouvoir de créer des émotions, de faire passer des messages au-delà des mots, de transmettre son imaginaire. »

Communicant.info : Pensez-vous que tout ces acteurs et collectifs pourraient se regrouper pour avoir encore plus d’impact ? 

Il est évident que plus le nombre de voix se faisant entendre sera important, plus l’impact sera fort. Se regrouper et se coordonner serait effectivement une force mais ce n’est pas toujours possible, en fonction de l’avancement de l’action de chaque acteur ou collectif, de sa dynamique, de sa structuration. Il est cependant primordial que chacun ait connaissance des autres acteurs et puisse discuter avec eux pour comprendre leurs objectifs, leurs besoins, leurs moyens. C’est ce que nous tentons de faire avec ARVIVA. Depuis la création de l’association en juin dernier, nous avons rencontré une multitude d’acteurs, de collectifs, de tutelles, de villes, DRAC, potentiels mécènes et sociétés civiles.

Cependant, il est parfois important que ces appels à l’action soient pluriels, pour témoigner d’une envie générale de changement. De même, les problématiques éco-responsables sont souvent différentes au sein de chaque secteur culturel (spectacle vivant, musiques actuelles, musées, arts plastiques…) et les réponses peuvent être locales ou nationales. C’est pourquoi un maillage d’acteurs capables de se réunir si besoin mais gardant chacun ses spécificités et lieux propres d’action nous paraît être le plus pertinent.

ARVIVA-membres
ARVIVA : des professionnels du spectacle vivant qui souhaitent interroger leurs pratiques et leur impact sur l’environnement

Communicant.info : Les artistes, les musiciens peuvent avoir une influence importante sur leurs publics, est-ce leur rôle de s’impliquer dans la production de « récits » qui proposent des alternatives aux actuelles visions du monde ?

L’artiste a le pouvoir de créer des émotions, de faire passer des messages au-delà des mots, de transmettre son imaginaire. Il peut donc, par le biais du sensible, convaincre son public et l’aider à passer de la simple information à l’engagement et à l’action face à un thème comme l’éco-responsabilité.
Cela peut en effet être son rôle que de reconnecter l’homme à la nature en en présentant de belles images ou au contraire de le faire réagir face à des pratiques polluantes. C’est le cas de la plasticienne Vanessa Balci qui organise des ramassages de déchets avec des groupes de collégiens sur les plages de Gironde pour ensuite créer des œuvres avec ces déchets. L’artiste peut donc ainsi agir sur le pourquoi (la prise de conscience) et le comment (l’action).
Les artistes peuvent donc avoir une influence importante sur leur public. Ils auront d’autant plus de légitimité si eux-mêmes changent leur pratique en proposant un spectacle « éco-responsablement » créé et diffusé.

Cyril Leclerc
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