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Faire de la veille / Rencontre avec Aurélien Guillois de Cultureveille

Veille, benchmarking, audit, étude de marché… Autant de façon de « déployer ses antennes », de s’intéresser à son environnement… Pour mieux fixer ses objectifs, revoir ses priorités… Par où commencer ? Nous avons posé quelques questions à Aurélien Guillois du site Cultureveille.

Bonjour Aurélien, pouvez-vous vous présenter et nous présenter Cultureveille ?
Aurélien Guillois : Bonjour ! Après avoir travaillé dans la production et l’administration de structures culturelles, j’ai développé et co-dirigé pendant 5 ans FormART : un bureau de production qui accompagne les artistes du spectacle vivant. Conscient de la nécessité de faire évoluer mes pratiques et celle de mon secteur d’activité, j’ai cofondé en 2015, avec Camille Alcover, La French Team, une agence de conseil, formation et d’organisation d’événements à destination des acteurs et entrepreneurs du secteur culturel. Je suis également le fondateur de Cultureveille, initiative que j’ai lancée il y a bientôt 15 ans, lorsque j’étais encore étudiant.

D’une simple revue de presse sur les politiques culturelles au départ, Cultureveille est aujourd’hui un média en ligne qui s’adresse aux professionnels, décideurs et étudiants en lien avec le secteur culturel. Nous réalisons des articles et du contenu audiovisuel sur les nouvelles pratiques des professionnels de la culture. Ce n’est plus un secret, la transformation digitale, les évolutions politiques et économiques bousculent la société et plus particulièrement les différents secteurs de la culture. Plutôt que de nous renfermer sur nous même, de tenter de conserver aveuglement des acquis qui ne font parfois plus sens à notre époque, plutôt que de nous isoler et tenter de résister à une évolution incontournable, nous souhaitons au contraire soutenir le secteur culturel et participer son renforcement en l’accompagnant dans cette transformation. Que ce soit en informant, en formant, en conseillant ou en organisant des rencontres, nous agissons quotidiennement pour défendre l’écosystème culturel français et européen.

CI : Quelle est l’intérêt pour vous de mettre en place une veille pour un artiste ? Un acteur culturel ?
AG : Entreprendre son projet artistique et culturel, le développer et le faire vivre auprès du plus grand nombre reste un défi important. Un porteur de projet se doit de suivre activement son environnement professionnel.
Mettre en place une veille, c’est surtout s’organiser pour se tenir régulièrement au courant, pour découvrir et saisir des opportunités et éventuellement adapter son projet si le contexte le nécessite. Nous ne pouvons plus être passif, les règles du jeu changent en permanence. Il n’y a jamais eu autant de projets artistiques, de films, de spectacles… pourtant la diffusion de ces œuvres restent fragile et surtout extrêmement concurrentielle. Comment peut-on mettre en œuvre une stratégie de développement sans connaitre un minimum les actualités et tendances de son secteur ?
Imaginons un responsable de billetterie de festival ou de salle de spectacle qui doit concevoir sa politique tarifaire et ses canaux de vente sans prendre en compte la concurrence et les pratiques des autres événements. Ça peut vite devenir problématique pour la survie de la structure !
Autre exemple : de plus en plus d’employeurs ou de partenaires sont attentif à ce que leurs interlocuteurs connaissent très bien le secteur et son évolution récente et puissent formuler des propositions adéquates.
Régulièrement, je découvre dans des événements ou jury d’appels à projets des artistes qui tentent de lever des fonds pour mettre en œuvre un dispositif mêlant par exemple art & technologie qu’ils qualifient d’innovant alors que celui-ci a déjà été réalisé et diffusé. Une veille sur le sujet aurait peut être aidé son créateur à faire évoluer son projet pour lui permettre de trouver les bons interlocuteurs pour poursuivre l’aventure et adapter sa communication.
CI : Pour mettre en place cette veille, comment procède-t-on ? Par où on commence ?
AG : Les premières questions sont « qu’est-ce qui m’intéresse ? » et « quel est le vocabulaire qui défini mon activité, mon projet ? »
On peut ensuite définir des thématiques, des mots clés, des expressions, des tendances de vocabulaire qui nous intéresse. Ensuite, on part un peu à l’aveugle dans la jungle du web pour récolter et analyser les premiers résultats de nos recherches, une première sélection peut déjà nous donner une première tendance.
Aussi, il ne suffit pas de taper le mot « culture » dans votre barre de recherche pour savoir tout ce qui se passe dans le secteur culturel en France. Il faut multiplier les supports, essayer plusieurs moteurs de recherche (il n’y a pas que Google !).
Ensuite on peut compiler un certains nombres de sources en utilisant par exemple des lecteurs de flux RSS qui vont nous notifier quand de nouveaux contenus seront publiés sur ces sites.
Mettre en place une veille c’est aussi être attentif à des collègues, personnalités, entreprises qui partage du contenu sur notre secteur d’actualité.
On tombe sur un article qui nous intéresse beaucoup et on se rend compte qu’un journaliste produit de nombreux contenus dans ce sens alors on se met à le suivre sur ses outils de veille pour ne rater aucun de ses contenus.
C’est comme ça que je suis par exemple la journaliste Martine Robert qui écrit de très bons articles sur les évolutions du secteur culturel.
Voici mes 3 outils favoris pour commencer à mettre en place une veille :
  • Feedly (lecteur de flux RSS)
  • Google Alerts (pour être notifié à chaque fois qu’une expression est utilisée sur le web)
  • Tweetdeck (pour suivre en temps des comptes Twitter de personnalités et entreprises)

Aurelien Guillois / Cultureveille

CI : Mettre en place sa veille à l’ère du numérique, de la simultanéité, voire de l’infobésité, n’est-ce pas peine perdue ?
Au contraire, c’est une véritable nécessité !
Il se passe beaucoup de choses, il y a beaucoup de communication, il va falloir donc s’organiser pour récolter facilement une synthèse crédible et éviter de s’épuiser à lire l’ensemble des publications. C’est d’ailleurs impossible !
C’est aussi une opportunité parce que les outils numériques permettent de gagner du temps et que l’essor des outils d’intelligence artificielle permet de mieux analyser et filtrer les contenus.
Quand j’ai commencé à mettre en place ma veille professionnelle, c’était grâce aux opportunité qu’apportait internet. Auparavant, il fallait être abonné à des centaines de publications papiers qu’une équipe entière se devait d’éplucher pendant plusieurs journées et il n’existait pas l’ensemble des blogs qui partagent de nombreux témoignages sur différents sujets.
Comment faire le tri parmi toutes les informations ?
C’est un sujet qui a été mis sur le devant de la scène pendant la dernière campagne présidentielle américaine : la chasse aux Fake News ! Certains grands médias proposent d’ailleurs leurs outils pour permettre aux internautes de vérifier le niveau de pertinence de la publication.
Je suis de plus en plus sollicité pour intervenir en formation sur ce sujet !
Globalement quand on consulte un contenu sur internet, voici quelques réflexes à avoir :
– Vérifier le support (est-ce un blog ? un site de presse reconnu ? un forum d’expression ? une section d’un parti politique ou d’une enseigne commerciale ? Quels sont les autres contenus publiés sur le site ? Quel est son modèle économique ? abonnement ; gratuit ; sponsorisé..?)
– Vérifier l’auteur (est-ce un journaliste ? une personnalité connue ? quel est son curriculum vitae
– Vérifier la date de publication (est-ce récent ou cette information a t elle plusieurs années ?)
– Vérifier les sources (l’article en question fait-il référence à plusieurs sources, études, témoignages, il y a t il des liens qui permettent d’aller vérifier ces sources ?)
– Vérifier la qualité de rédaction (c’est assez bête mais si il y a beaucoup de fautes d’orthographe, une structuration grammaticale ou un vocabulaire douteux ça peut mettre la puce à l’oreille)
Par exemple, un article publié sur le blog de Médiapart ne veut pas dire que ce contenu a été rédigé et approuvé par les journalistes de Médiapart.
Il y a quelques années, je me suis fais avoir par un article qui annonçait la fin des subventions pour la création musicale en Bretagne. En creusant un peu, je me suis rendu compte qu’il s’agissait en faite d’une publication à vocation politique par une section locale du Front National qui voulait surtout raboter les aides de la région pour l’art contemporain !
En conclusion, il ne suffit donc pas d’aller que sur Cultureveille pour faire sa veille, il faut également trouver d’autres sources et supports d’information. Il y a des sujets que nous ne traitons pas ou plus que d’autres par sensibilité personnelle ou professionnelle.
CI : Que pensez-vous d’outils tels que Scoop it ou Social share ? Sont-ils des outils réservés aux Community managers ?
Scoop.it et Social share sont effectivement des outils utilisés par certains community managers mais les principales fonctionnalités peuvent servir à toutes personnes souhaitant trouver, classer et partager du contenu.
J’utilise Scoop.it car c’est un canal additionnel pour partager du contenu et cela me permet aussi de suivre une communauté spécifique de personnes qui font de la veille et partage du contenu dans différents domaines. Toutefois, pour moi cette solution ne suffit pas et fait donc parti d’une chaine d’une vingtaine d’outils plus ou moins automatisés. Je recommande à chacun de réfléchir d’abord à l’organisation de son poste de travail et se poser la question suivante « quelles sont les actions incontournables que je répète souvent ? ». Cela permet ensuite de partir à la recherche d’outils qui vont prendre en charge ses actions.