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Exposition et immersion : vers une mutation des modes d’appropriation de l’exposition ?

Immersion, réalité virtuelle ou augmentée… La culture et l’art se tournent de plus en plus vers la création d’expériences ludiques, sensorielles, divertissantes ou éducatives. Les expositions temporaires sont-elles dépassées ?  Faut-il d’ores et déjà opérer des changements profonds dans la conception des événements culturels ? Nous sommes allés écouter ce qui se disait à Museum Connections. 

Dispositifs immersifs : les raisons (possibles) d’un succès

Les expériences immersives n’ont pas émergé, elles ont littéralement explosé. Pourquoi ? La première raison est que les habitudes numériques conduisent les publics a changer les leurs. Et ces expériences permettent de toucher les fameux « Digital natives » ou des publics habituellement éloignés des lieux de culture. Roei Amit, responsable digital et multimédia du Grand Palais l’affirme : « Les publics venus voir « (E)motion »,  la création visuelle de Wim Wenders ont adopté des comportements nouveaux : plus collectifs, plus décomplexés, plus libérés, ils dansaient, s’asseyaient… »

Comme le rappelle Marie Sandrine Cadudal du cabinet Nova Consulting, « les technologies utilisées sont aussi des moyens de se renouveler, de se différencier face à une concurrence accrue », voire tout simplement d’exister face à des événements « Blockbuster »*. Des événements dont le coût est en constante augmentation…
La réalité virtuelle, quant à elle, abroge le temps et l’espace. Petit rappel : la réalité virtuelle immerge une personne (avec un casque) dans un environnement virtuel en trois dimensions (il peut être réaliste ou non). On peut interagir avec ce dernier en bougeant, en utilisant son corps. Quant à la réalité augmentée, elle ajoute des éléments virtuels à un environnement réel.

La réalité virtuelle permet de visiter un monument sans s’y rendre. Elle permet de faire revivre un passé disparu…. Alexandra Dromard, responsable des projets de médiation numérique évoque un dispositif qui « parle aussi bien au jeunes comme aux plus âgés. » Tous évoquent en tout cas la magie ou l’émotion ressentie un fois le casque de réalité virtuelle enfilé. Pour Fabien Barati, gérant de la société Emissive (créateur d’une visite en réalité virtuelle de la pyramide de Kheops), c’est un « média à part dont le côté immersif parle à nos sens… »

Les expositions temporaires sont-elles obsolètes ?

Alors ces dispositifs vont-ils enterrer les expositions temporaires ? Ou du moins les rendre inadaptées ?
On pourrait opposer l’authenticité des objets présentés lors des expositions temporaires en comparaison de projections de « reprographies ». Mais d’après Lawrence Chiles de la National Gallery of London : « ce que désirent les publics, c’est ce qu’ils voient autour d’eux au quotidien ». Et ce qu’ils veulent ce sont des expériences, de l’interaction, du partage…

Peut être est-il vain de comparer les expositions temporaires et les expositions immersives. Comme le rappelle Sophie Egly, autrice d’un ouvrage sur les expositions qui ont marqué Paris, « les règles, objectifs et processus ne sont pas les mêmes ». « Les expositions temporaires proposent un récit, une narration alors que des événements comme ceux proposés par Team Lab ou l’Atelier des Lumières immergent les visiteurs dans des oeuvres numérisées, de la musique ». Il s’agit donc d’une manière de voir l’art autrement. Une manière qui parle autant aux publics des expositions temporaires qu’à l’amateur qui découvre des détails d’une oeuvre qu’il pensait connaître.
Beaucoup de personnes n’ont pas encore testé la réalité virtuelle (même si le nombre va croissant). Mais pour Paul Bouchard de Diversion Cinéma, « les publics veulent aller au devant de nouvelles aventures culturelles, les lieux qui veulent engager de nouveaux publics doivent y penser ».

 

Le problème reste qu’investir dans ces technologies est compliqué. Pourquoi ? Car les techniques de réalité virtuelle, comme celles des expositions immersives évoluent très vite. Il est difficile de prévoir quelles seront les technologies de demain. Ce qui nécessite de réfléchir à de nouveaux rôles au sein des musées, à de nouvelles compétences technologiques. Elles vont sans doute comme l’affirme Roei Amit « changer la manière de travailler et de faire de la veille dans les musées ».
Quid de l’aspect économique ou écologique de ces expositions temporaires ? Le coût d’un exposition immersive est relativement proche de celui d’une exposition temporaire. Quand à l’argument environnemental c’est encore Roei Amit qui trouve cela « trop vite dit » : une exposition comme celle-ci consomme plus d’électricité et n’engendre pas forcément moins de déplacements. Il faut ajouter l’obsolescence très rapide des technologies utilisées. Une affirmation malicieusement tempérée par Elisha Karmitz de. l’agence MK2 + : « elles le seront plus (écologiques – NDR) que des expositions qui n’auraient pas marchées ».

Des outils qui supposent un socle stratégique fort

Ces solutions présentent donc beaucoup d’atouts pour des lieux culturels cherchant à engager de nouveaux publics. Mais il convient, comme pour toute solution / outil, de bien réfléchir son offre.
Nous conclurons avec les critères de réussite de Marie Sandrine Cadudal du cabinet Nova Consulting :
– Il s’agit de créer des expériences impeccables et mémorables. Certes, mais « elles doivent se baser sur un projet artistique / culturel ou scientifique solide ».
– « Une exposition immersive doit être en cohérence avec les profils des visiteurs visés ». La connaissance fine de ses publics est un préalable incontournable.
– De la même façon, il est important d’avoir mis au point « une manière efficiente pour communiquer avec ses publics ». Faire un tel investissement demande de ne rien laisser au hasard.
– Enfin, une exposition immersive doit être pensée pour donner au visiteur la capacité d’être acteur. De tout faire pour « encapaciter » celui-ci.

*https://www.nova-consulting.eu/novascopie-culture-2019

 

 

 

Cyril Leclerc
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Comments (1)

  1. […] POUR EN SAVOIR PLUS 1- OPEN CULTURE : PRINCIPAUX MUSÉES ET BIBLIOTHÈQUES QUI ONT MIS EN LIGNE MASSIVEMENT LEURS COLLECTIONS DEPUIS 2011 –Lien 2016  d’Open Culture, Collection SFMoMA Rauschenberg -Centre d’art Cantor de l’Université de Stanford -La British Library Le British Museum Le Getty The Met Le Musée d’Art Moderne / MoMA Le Rijksmuseum (210,00)Le Smithsonian La Tate 2- CATALOGUES NUMÉRIQUES Référence « Quimby, Claire. Étude des catalogues numériques : Une étude  inter/établissements  Collection Catalogues . Chicago, Art Institute Institute of Chicago, novembre 2019. » / .Contributions : Rockman ;l’Art Institute of Chicago ; J. Paul Getty Museum ; National Gallery of Art ;Philadelphia Museum of Etude Droits d’auteur © 2019 Art Institute of Chicago Ce travail est sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International LicenseLiens : L’édition en ligne est hébergée sur GitHub à https://digpublishing.github.io/catalogues-study , et le référentiel de code et de contenu peut être trouvé à https://github.com/digpublishing/catalogues-study 3- COMMUNIQUANT.INFO Pour lire le mémoire c’est aussi ci-dessous ! Et merci Cyril et Ronan ! Voir aussi d’autres articles récents sur C ommuniquant.info, passionnnants : _ 3février 2020 : Participation, coopération, communautés (18e rencontre du TMNLab)                                               -janvier 2020 Les outils numérique au service d’une stratégie de développement ja                                                    -Janvier 2020  Exposition et immersion : vers une mutation des modes d’appropriation de l’exposition ?  […]

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