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Des voyages culturels numériques : rencontre avec Vincent Fortin

Vincent Fortin

Voyager dans le temps et dans l’espace, par procuration, grâce à des « voyages culturels numériques »… C’est ce que propose « Aller Simple » avec des contenus ludiques, scénarisés proposés sur les réseaux sociaux… Nous avons rencontré Vincent Fortin qui nous explique son projet. 

« Scénariser la culture comme un voyage »

Communicant.info : Bonjour Vincent, pouvez-vous vous présenter et nous présenter « Aller simple » ? Quel est le principe des « voyages culturels numériques » que vous proposez ?
Vincent Fortin : J’habite à Buenos Aires, j’ai 32 ans et ma trajectoire passe par la communication, le game design et l’évènementiel. J’ai gardé de ma formation à Sciences Po Paris un goût prononcé pour l’histoire et les sciences sociales, beaucoup de curiosité et une soif de tout comprendre.
« Aller Simple » a pour vocation de scénariser la culture comme un voyage, avec ses souvenirs fondateurs, ses apprentissages, ses rencontres et son immersion sensorielle. Bien avant la Covid, les musées cherchaient déjà les moyens digitaux de ludifier leur médiation et d’engager de nouveaux publics. « Aller Simple » y répond sur les réseaux sociaux : les voyages prennent la forme de groupes online où se construit un récit collectif grâce à des contenus éditorialisés, des personnages historiques intervenant à la 1ère personne et des quêtes du type « escape game » ou défi créatif. Enfin, la notion de temps long est importante pour s’approprier une aventure et un univers culturel. Nous distillons donc un storytelling transmedia sur plusieurs jours ou semaines pour immerger les participants.

Vincent Fortin
Vincent Fortin / Aller Simple

– Après un premier « voyage culturel numérique » «A la recherche des Indes par l’Ouest », vous revenez avec « Le peuple guidant la Liberté* », une immersion interactive dans le Paris des Trois Glorieuses. Comment choisissez-vous les sujets que vous imaginez ? 
VF : Le premier confinement a vu fermer l’entreprise de tourisme où je travaillais. Je me suis rapidement demandé comment voyager, une fois assigné à résidence ! Et puisque l’espace était limité, il fallait prendre le temps. Or, qu’est-ce qui ressemble plus à un foyer confiné qu’une caravelle voguant vers l’inconnu ? « A la recherche des Indes par l’Ouest » a vu le jour à l’échelle 1:1 (1 jour de 1492 pour 1 jour de 2020), ponctuée par les évènements relatés dans le journal de bord de Colomb. Mais le public était libre de faire d’autres choix que ceux de l’équipage historique, ce qui a progressivement créé une uchronie documentée en temps réel.
Cette transatlantique a engagé 140 cyber-matelots pendant 7 semaines, avec des taux de participation très encourageants. Quand je me suis rendu compte de la puissance sociale et didactique de l’outil, j’ai cherché un autre évènement iconique à détourner pour perfectionner la formule. Je choisis aussi les sujets en fonction de l’éclairage qu’ils peuvent apporter sur l’actualité et des questions qu’ils posent à notre société. La révolution de 1830 me paraissait intéressante à revisiter dans un contexte de crise et un climat politique délétère. Dans mes recherches historiques pour les scénarios, vous n’imaginez pas le nombre de similitudes que je découvre entre le passé et le présent, par exemple le risque épidémique, mais aussi les loyers chers à Paris ou la crainte de l’immigré, berrichon ou savoyard en l’occurrence…

 

Le peuple guidant la liberté
Le peuple guidant la liberté : le nouveau « voyage culturel numérique »

« Valoriser des fonds qui peuvent paraître ennuyeux ou poussiéreux »

– Combien de temps vous faut-il pour écrire le scénario d’un de ces voyages… 
VF : C’est complexe ! Faire goûter le sel d’une époque, ses anecdotes, ses croyances, ses conceptions, est à la fois un travail d’archiviste et de scénariste, de chercheur et de game designer. Ca dépend aussi des sources disponibles : parfois trop, parfois pas assez ! Nous avons produit la recherche des Indes en très peu de temps, presque en direct. Heureusement, je suis entouré d’une équipe de professionnels  (chercheurs, rédacteurs, acteurs, designer, monteur, etc.). Travailler avec des talents aussi variés pour produire une expérience multimédia, interactive et humaine est un régal pour la créativité. Nous avons eu plus de temps pour documenter Le Peuple guidant la Liberté, mais de toute façon, 75% de l’histoire se co-construit sur le moment avec les voyageurs qui commentent, suggèrent des solutions, et votent pour prendre les décisions. Le scénario est un canevas vierge où les joueurs décident des points à unir pour former un dessin global.

– Vous faites appel à des documents et archives historiques… Est ce que vous travaillez en partenariat avec des institutions culturelles ? 
VF : C’est le but ! Je me suis rendu compte du potentiel de ces voyages pour valoriser des fonds qui peuvent paraître ennuyeux ou poussiéreux hors contexte. Les musées dépensent des fortunes en réalité virtuelle, mais les réseaux sociaux offrent des solutions bien moins coûteuses et autant, voire plus engageantes pour le public sur le long terme. La recherche des Indes a prouvé l’intérêt des internautes pour l’histoire quand elle est ludique, plus accessible et plus courte, « Le Peuple guidant la Liberté » vient donner une autre échelle et une légitimité documentaire au concept de voyage culturel numérique. Qu’il s’agisse de community management ou de médiation culturelle, je pense que cette innovation peut réinventer notre rapport aux institutions culturelles.

*Le second voyage « Le peuple guidant la Liberté » a démarré hier.

Cyril Leclerc
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