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Des pistes pour une nouvelle stratégie ? 3/5 changer de modèle ?

2640 festivals annulés et des milliards d’euros perdus. De nombreux musées, théâtres, médiathèques fermées… Dans le spectacle vivant, 20400 artistes et techniciens engagés en CDD d’usage sont menacés ainsi que 8 506 permanents. Le choc est conséquent. C’est l’ensemble de l’écosystème culturel qui est bouleversé, fragilisé.
La nécessité de la relance du secteur artistique et culturel n’est donc pas une option. Le secteur doit-il se réinventer ?  Comme nous le dit Céline Bernard dans notre interview, “un modèle est fait pour être réinterrogé”. Repartir, oui mais en repensant les choses ?

De nombreux musées américains ont dû licencier leur salariés. D’autres sont au bord de la faillite (⅓ des musées selon l’American Alliance of Museum). Leur dépendance aux fonds privés (mécénat et billetterie) ont mis des institutions muséales dans une situation inédite depuis 1929. Cette situation vient rappeler l’importance des aides publiques, dans ce contexte et plus globalement.   Mais elles ne doivent pas être uniquement vues comme une charge pour le contribuable. La culture produit de nombreuses externalités positives : retombées économiques indirectes, rayonnement culturel d’un territoire…

La culture contribuait en 2016 à 2,2 % de l’économie française. Un autre rapport, paru en 2014, mettait en avant l’apport de la culture à l’économie : plus de 104 milliards d’euros. C’est pour cela que la culture ne peut pas être une simple variable d’ajustement.

La relance du milieu culturel doit être pensé pour lui donner de vrai moyens et d’en faire le pilier d’un changement sociétal.  Il est important d’investir dans le secteur culturel en creusant de nouvelles pistes, peut-être en s’inspirant de l’écosystème culturel québécois qui propose que

“le rôle de la culture n’est pas de sauver les meubles, mais de sauver le monde”.

Certains modèles impactés devenaient cependant fragiles. A l’image de nombreux festivals, qui “jouent leur année” sur quelques jours ou semaines, avec des tournées / des cachets de plus en plus chers… Avec une offre toujours plus croissante quand les publics n’augmentaient pas  Se pose peut-être la question du redimensionnement de certains projets ? Dans les 10-15 années qui viennent des festivals / événements accueillant toujours plus de monde seront-ils compatibles avec la mutation écologique qui s’annonce ? La question de leur diversification également. Certains festivals vont, par exemple, mieux supporter l’impact car ils proposent d’autres événements ou concerts tout au long de l’année…

Beaucoup de lieux d’art ou de spectacle ont proposé des contenus culturels en ligne gratuitement. Mais les plateformes numériques semblent avoir bénéficiées de cette crise et de cette “culture du gratuit” qui, en réalité, les enrichit. A tel point que le musicien Steve Nieve a adressé une lettre ouverte à Mark Zuckerberg, lui proposant de rémunérer les artistes qui proposent du contenu culturel sur les réseaux sociaux.

Ne faut-il pas voir dans le numérique une nouvelle source de revenus ? Notamment du côté du live streaming ? Facebook a d’ores et déjà imaginé de rendre des lives payants. L’IRMA recense des opportunités de monétisation : libre participation, partenariat payant, publicités, système de pourboire (ou tips), entrées payantes pour accéder au contenu live, abonnement à une plateforme pour accéder au contenu, accès au live en échange d’un achat de merchandising… Des pistes qui pourraient être généralisées à d’autres secteurs culturels notamment le spectacle vivant ? Interrogée sur France Culture (lien) à ce sujet, l’économiste de la Culture Françoise Benhammou est sceptique :

“ça permet tout de même de maintenir un lien avec le public qui peut être positif. Mais on ne peut pas attendre grand-chose en valeur monétaire des spectacles de l’art vivant. Les modèles économiques reposent aujourd’hui essentiellement sur des salles et de la billetterie. »

Même son de cloche pour Denis Ladegaillerie, co-fondateur de Believe :

“Aujourd’hui, est-ce que la monétisation du livestream existe ? Non, pas vraiment, en dehors d’épiphénomènes ici et là”.

A cela, le rappelle l’IRMA, s’ajoute la complexité juridique liée aux droits d’auteurs / droits voisins qui sont différents d’un pays à l’autre et de rappeler :

« Les titulaires de droits sur l’enregistrement d’un spectacle, notamment les producteurs phonographiques ayant signé un contrat d’exclusivité avec l’artiste enregistré, peuvent interdire l’utilisation et l’exploitation de la captation qui aurait été faite par un tiers. »

Enfin le live streaming ne risque-t-il pas de contraindre les artistes à penser leur création dans des formats particuliers ? Comme l’explique Emilie Gonneau :

”La pression pour se distinguer du lot en proposant quelque chose d’unique a commencé à se faire sentir pour les artistes. On leur demande déjà des formats uniques, voire exclusifs, quand bien même ils ne seraient qu’au début de leurs carrières”

De nombreuses initiatives voient cependant le jour, dont il peut être intéressant de suivre les récentes initiatives à l’instar de Yurplan live, première plateforme française de livestream multi-angles monétisés, ou la plateforme lancée par Festicket
En espérant d’en faire un atout pour les structures culturelles ?

D’autres interrogations sont aussi sur le mode de distribution des spectacles (physique ? numérique ? hybridation entre numérique et physique ?).  Et si l’indépendance n’était pas l’outil de résilience numéro un des artistes ? Avec la réduction des intermédiaires, les ventes vont directement aux labels ou aux artistes. Le succès du modèle de Bandcamp sest-il un manière de le démontrer ? Le modèle de l’artiste entrepreneur, maître de son destin, en prise directe avec ses communautés aurait-il le vent en poupe ? Les réseaux sociaux, les plateformes numériques, la démocratisation des outils d’enregistrement et de diffusion lui donne en tout cas la possibilité de prendre son avenir en main… Certes cela demande d’autres exigences et plus de travail (et moins de temps pour créer ?), mais la part de revenus et l’indépendance en valent sans doute la peine. Encore faut-il continuer à instiller cette culture de l’entrepreneuriat notamment  dans les écoles artistiques.

L’indépendance, mais mise en valeur au sein d’un collectif ? En créant des lieux hybrides et tournés vers la transition ? Même s’ils ont été frappé par la crise, le modèle des tiers-lieux semblent les rendre plus aptes à se rétablir. En regroupant des compétences diverses au sein d’un même lieu et en développant un esprit de communauté, d’entraide commune, il est possible de développer des solutions plus vite et plus facilement. Stéphane Vatinel, créateur de nombreux tiers lieux en Ile de France, témoignait dans le Parisien :

“Grâce à ce modèle, je pense qu’on a de grandes chances de repartir plus vite que d’autres entreprises. J’insiste : on n’est jamais aussi fort que lorsqu’on joue collectif. À plusieurs, on réduit nos charges : on fournit un travail équivalent mais qui coûte moins cher. Tout le monde en bénéficie. On voit aussi que les principes du déconfinement ont été pensés à l’échelle des départements, à moins de 100 km : c’est la taille du circuit court, du local, de l’artisanat ! Nos tiers-lieux regroupent tout ça, comme une place de village.”

A lire aussi : Interview : Céline Bernard : « la crise peut être une opportunité intéressante » 

Cyril Leclerc
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